Karen O est devenue une sacrée chanteuse. C’est flagrant sur ce troisième album des New Yorkais d’adoption, natifs de l’Ohio, qui pourraient devenir une sorte d’héritiers de Sonic Youth pour la dimension
culturelle de leur travail, sinon pour leur son arty nettement plus accessible que les papes du noisy rock.
« Zero », le premier single en hyperventilation qui démarre l’album sous des auspices éminemment sexuels, met d’entrée les pendules à l’heure : ce disque est plus electro que ses prédécesseurs, mais le combo n’a pas pour autant émoussé son agressivité arty punk et son sens mélodique est intact. Les synthés sont effectivement plus présents, mais ils apportent un son lourd, réminiscent du début des années 1980, qui habille les guitares toujours rageuses de Nick Zinner. Avec une production partagée entre l’inévitable Dave Sitek (TV On The Radio) et Nick Launay (Arcade Fire, Talking Heads),
It’s Blitz en est un vrai, de blitz.
De la ballade
« Runaway » en passant par les explosifs
« Hysteric » ou
« Skeletons », Karen O surfe sur ce nerf avec l’aisance d’une acrobate vocale, tour à tour langoureuse ou cinglante. La couleur post disco, avec clap machines, grooves plastiques et sonorités synthétiques un rien vulgaires leur va bien au teint ; comme des héritiers plausibles de Blondie ou de Tom Tom Club, avec une touche de no wave dans les gènes, Yeah Yeahs Yeahs remporte le pari haut la main.
En ces temps de recyclage et de faiseurs, le trio réussit l’équilibre idéal entre les acquis du passé et la soif d’inventer.
It’s Blitz est leur effort le plus accessible, mais il n’est pas pour autant le fruit de compromissions, d’autant qu’il recèle une vraie palette de chansons étonnantes, et pas seulement une paire de hits cachant la forêt du remplissage.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story