Ce disque de Stephan Oliva est conçu dans sa globalité comme une structure ouverte et fragmentée ( mais extrêmement bien conduite et clairement dessinée ) et non comme une succession de morceaux autonomes.
Structures destabilisantes, motifs obsédants, mouvements free sous tension ( "Paradoxe", "Spirales",... )ou thèmes saisissants de beauté ( "Preface", "Cecile seule", "Tango indigo",... ), tout l' album est captivant, d' un bout à l' autre. Autour de Stephan Oliva (piano), on retrouve Jean-Marc Foltz (clarinettes), Mathieu Donarier (sax soprano), Bruno Chevillon (contrebasse) et Nicolas Larmignat (batterie).
On peut dire que ces cinq musiciens se mettent tous les uns au service des autres. Lorsque l' un d' entre eux de retrouve mis en avant, au rang de soliste, ça n' est jamais au détriment de ses compagnons de jeu. L' ensemble fonctionne d' ailleurs davantage comme un groupe de coloristes qui travaillent dans un même geste, se comprennent mais se cherchent constamment pour attiser le goût du jeu et cultiver la surprise. A l' écoute du disque, l' entente esthétique collective est proprement bluffante, et la beauté, au rendez-vous.
On sent la marque de Paul Motian sur l' écriture d' Oliva ( voir les superbes trios Motian/Oliva/Chevillon enregistrés quelques années plus tôt ), ainsi que l' héritage des musiques écrites/improvisées "à la française" de Portal, Sclavis, Yves Robert, etc... Mais on peut aussi penser à Daniel Goyone ou à François Corneloup lorsqu' on découvre cet entremêlement atypique de l' écrit et de l' improvisé, et ces couleurs bleues-boisées à tomber par terre.
Un superbe disque du défunt label Sketch, dont le souci de qualité et l' exigence n' ont malheureusement pas sauvé de la concurrence et des problèmes financiers.