Sparklehorse est un groupe bizarre. On devrait dire plutôt : Mark Linkous est un étrange musicien, puisque Sparklehorse ne semble être que l'extension de sa personnalité. Linkous, habitué des accidents de parcours (une chute dans un escalier l'a collé dans un fauteuil roulant pendant des mois), a été élevé au bluegrass et a échappé un temps aux mines de charbon de Virginie - terre où il a définitivement trouvé sa voie, un country-rock sombre et rafistolé, aux textures aussi délicates que tendues.
Sparklehorse est pourtant l'un des secrets les mieux gardés d'Amérique. On en est certains, quand on a définitivement adopté les douze perles de pop pastorale de « It's a Wonderful Life ».
C'est par le titre éponyme que tout débute : on plonge en apnée, un rythme cotonneux de berceuse apparaît et de vieux crissements de vinyle se font entendre. Sur cet air de comptine légère, où Linkous murmure plus qu'il ne chante, comme dans un mauvais rêve (le chant d'une enfance perdue ?), l'art de Sparklehorse se déploie pour notre plus grand bonheur. La suite n'est qu'une succession de magnifiques ritournelles qu'on a envie de garder pour soi : éthérées, suaves et intimistes, avec de somptueux arrangements de violons et des mélodies spectrales aux odeurs de strawberry-fields-forever (« Gold Day », « Comfort Me »). Ca sent bon les tartines de confiture au réveil, les rayons de soleil irradiant les moissons de fin d'été, le souvenir d'une vieille photo jaunie du grenier. Et puis de temps en temps, uniquement quand c'est nécessaire, on tourne à fond le volume sonore pour mieux imposer les chansons (« Piano Fire », « King Of Nails »). Enfin, des collaborations de luxe sont de la partie : la voix éraillée de conteur éthylique de l'inclassable Tom Waits aboie sur « Dog Door », et les voix de muses bien choisies (dont la voix de PJ Harvey, qui se mêle à merveille avec celle tremblante de Linkous) apportant une touche de délicatesse supplémentaire à cette collection de belles chansons.
La finesse magique de l'écriture et le climat limpide dans lequel les titres progressent, font de « It's A Wonderful Life », malgré son air de ne pas y toucher, un grand disque terriblement humain.