Après son premier et détonant album,
Alright, Still, on attendait Lily Allen au tournant. Trois ans après, elle revient avec autant de fraîcheur… mais peut-être moins d’originalité. En effet, Mark Ronson, le principal producteur
d’Alright, Still, avait su lui conférer un son quelque peu abrupt, proche du vintage comme l’illustrait son bienheureux succès «
Smile ».
Ce son a subi un petit lissage, et la présence de Greg Kurstin (tête pensante du duo pop The Bird and The Bee) n’est pas étrangère à ce changement. Celui-ci avait également participé au premier disque de la chanteuse, et prend plus de responsabilités sur
It’s Not Me, It’s You, pour lequel il co-écrit, produit et réalise l’ensemble des douze chansons de l’album. Bien que le talent de Kurstin ne soit pas à remettre en cause, il aurait été curieux de voir ce que pouvait donner la suite de la collaboration entre Ronson et Allen…
Cependant, rendons à Lily ce qui est à Lily. Le timbre bien reconnaissable de sa voix, claire et canaille à la fois, est plus que jamais mis en valeur. Les textes sont bien griffés de la patte de la jeune chanteuse. Acides, moqueurs, drôlement lucides et toujours justes, que ce soit lorsqu’elle raconte la banalité des addictions à la cocaïne dans «
Everyone’s As It », ses états d’âmes de jeune star dans «
The Fear » et «
22 » ou ses amours déçues dans «
Never Gonna Happen»,
« Him » ou «
He Wasn’t There »… Dès son titre,
It’s Not Me, It’s You choisit d’ailleurs de rappeler que non seulement Lily Allen n’a pas la langue dans sa poche, mais qu’elle use toujours de sa drôle de mauvaise foi, post-adolescente et têtue.
D’autre part, la chanteuse n’a pas abandonné les rythmes ska qui lui conviennent à merveille, ni les grésillements d’une chanson faussement vintage, comme en témoignent le dynamique «
Not Fair » et le rétro «
He Wasn’t There ». Quant aux mélodies, elles sont toujours aussi efficaces, exploitant toutes les facettes de la pop et puisant facilement dans les comptines enfantines, comme dans un «
Fuck You » où elle s’en prend à George W. Bush.
C’est là que réside le charme de Lily Allen : se servir de mélodies sucrées et faussement malicieuses, (dissimulant à peine des rythmes implacablement synthétiques) pour déblatérer des grossièretés avec toute sa grâce ingénue… Et qui fait ici encore ses preuves.
Sophie Rosemont - Copyright 2012 Music Story