Après un début de carrière en ténor wagnérien, c'est comme haute-contre que Jochen Kowalski est devenu une très grande star en Allemagne. A ma connaissance, il fut le 1er haute-contre à oser un récital Rossini (bien mal accueilli, d'ailleurs). En France, il est surtout connu pour son interprétation quasi-idéale du rôle de l'Orfeo de Gluck (chez Capriccio), avec une présence scénique magnifiée par un timbre dramatique alors assez rare chez ses confrères. En contre-partie, son manque de souplesse et d'agilité dans les vocalises suraiguës l'ont toujours desservi face à des James Bowman, David Daniels ou même Gerard Lesne.
Avec son Orfeo, ce récital « allemand » est son meilleur disque. Consacré au répertoire donné à l'opéra de Berlin au XVIIIème siècle, il anticipe avec succès les programmes historico-thématiques que nous proposent aujourd'hui régulièrement les Bartoli et autres Jarousski. En démontrant qu'â coté de Vienne, Paris et Londres, une conscience musicale nationale essaie d'émerger autour de la personnalité de Fréderic II de Prusse, il permet surtout de découvrir plusieurs raretés signées de compositeurs que l'on connait encore aujourd'hui assez mal, du moins à l'opéra : Bononcini 'le grand rival de Haendel à Londres-, Graun -dont il existe depuis des intégrales de l'Artassersé et de Cléopâtre et César-, Hasse -voir la Cleofide de Christie-, Telemann (et oui !) et Agricola. On trouvera même une pièce signée par le roi de Prusse « himself », pas déshonorante mais pour l'anecdote et la cohérence du programme : « L'ami des soldats » aimait donc aussi la musique et de convoquer « La Clémence de Titus », version Hasse, à comparer avec la Clémence de... Gluck, plusieurs années avant celle du divin Mozart.
L'accompagnement de Max Pommer est revigorant, parfois rude et militaire. Si cela veut dire prussien, pourquoi pas ? Quant à Kowalski, il est égal à lui-même dans des (re)prises de rôle marquées par un tempérament réellement dramatique et un timbre très riche mais toujours assez limité dans les ornementations.
Un contre-tenor mezzo, en somme.
Pour l'originalité de son programme et pour faire découvrir un interprète qui a vraiment compté en Europe, ce disque vaut plus que le détour même si Mes cinq étoiles sont bien plus généreuses qu'un minutage inférieur à 60 mn... Elles plaident surtout pour une redistribution rapide de ce disque en France et, bien sur, pour aiguiser votre curiosité.
Aujourd'hui, en 2011, Kowalski chante au Japon le Prince Orlovski de la Chauve Souris, se produit en Allemagne dans un spectacle de cabaret-jazz(Café Europa) et chante Ombra Ma fu lors de la remise des "Teddy Award" à Berlin !