La recherche d'un jugement objectif me l'intimerait, mais je n'ai pas envie de tarir d'éloges ici. L'interprétation des suites pour luth de Bach que nous livre Hopkinson Smith est à servir sur un plateau d'argent et à poster le plus en vue sur les étagères de toute bonne discothèque qui se respecte. Entre ses mains et sous ses doigts, elles vibrent d'une intensité et d'une clarté nouvelles qui comprennent, respectent, encensent et exaltent la fusion entre la rigueur formelle, la profondeur de pensée, et la magie instantanée qu'opère sur nous les infinis charmes de l'instrument qui tisse le plus étroitement ce lien invisible qui sépare le présent baroque, le passé proche Renaissance et le passé lointain médiéval. Si classiques et par là même si modernes. Merveille de grâce que cette suite BWV997 en la mineur, avec sa Fantasia et sa fugue du genre à arracher des larmes de joie, de peine, d'émerveillement agnostique toujours renouvelé devant une grandeur dont l'essence nous échappe, au plus dur d'entre nous. Et quelle pureté dans l'attaque, quelle clarté d'exposition thématique dans la suite BWV996 en mi mineur. Réunion ambivalente de la force et de la tendre fragilité, extase mystique de l'emphase, doux délices de la discrétion. Au travers de ces mélodies évidentes, diaphanes, Hopkinson Smith plus qu'un simple luthiste se révèle à nous en pleine lumière comme un conjurateur de ténèbres et un fabuleux apôtre de partitions qui gagneraient à être plus et mieux connues. En dehors de toute comparaison avec les suites pour violoncelle ou les partitas pour violon (également interprétées et transcrites par le musicien dans un autre enregistrement), et sans diminuer les mérites de la version pour guitare de John Williams, j'assume ici un énorme coup de coeur et je recommande à tous ce cristal musical.