Christian Tetzlaff, l'un des premiers violonistes de notre époque
Concertos pour violon, Fantaisie pour violon et orchestre op. 131, a enregistré à ce jour par deux fois les sonates et partitas pour violon solo de J. S. Bach. Cette version chez Hänssler, la seconde (gravée en mars-juin 2005 en Norvège), aurait dû rencontrer un plus large écho.
Tetzlaff est, en concert, un violoniste capable dans ce répertoire d'une prise de risque inouïe qui contraste singulièrement avec son éternelle image de sage premier prix du conservatoire. La crainte qu'on peut avoir, quand on aborde ces disques, est que le violoniste se montre sous un jour plus prudent et tempéré. Sans doute, la perspective est différente, mais le violoniste n'est pas éteint, même si l'image du violon est hélàs plus dure, moins chaleureuse que dans une salle de concert.
Côté technique, on est ici à un niveau exceptionnel, voir le degré de netteté et de souplesse de l'articulation dans les allegros (la courante et son double dans la première partita), de transparence polyphonique dans les fugues. Si l'approche peu paraître sévère et intimidante, cette interprétation qui est d'abord une mise en lumière force le respect. Il n'y a ni vibrato insistant, ni sollicitation du texte, ni maniérismes. Et si le cliché veut que perfection aille avec froideur, il faut entendre, par exemple, l'Andante de la seconde Sonate, qui peint une sorte de tableau de l'Europe du Nord, et crée un climat d'intimité domestique et de piété sincère.
Certains répertoires conviennent moins à Christian Tetzlaff, ce sont ceux où un peu de gras, un pathos un peu insistant, j'allais dire une bonne dose de mauvais goût ne font pas de mal. Il en va évidement ici tout autrement.
Ceci dit, la comparaison nous rappelle qu'on peut jouer, et concevoir cette musique de manière différente. Faites entendre la gigue de la seconde partita par Tetzlaff, et par d'autres : il arrive qu'on préfère à sa démonstration à vive allure des interprètes qui prennent davantage le temps de respirer : Szeryng première version, rayonnant (CBS)
Sonates & Partitas pour violon seul, ou Hilary Hahn à ses débuts, très bien captée et dont la version, passé le premier engouement, a toujours fière allure
Bach : Sonates et partitas pour violon seul.
Restent les monuments de la seconde Partita (la Chaconne) et de la Troisième Sonate (la Fugue). Dans la Chaconne, je respecte et j'apprécie ce que font Tetzlaff et, assez proche de lui, Alina Ibragimova
Sonates Et Partitas, captivants lorsqu'ils s'inspirent des préoccupations contemporaines en matière d'authenticité, mais je reste fasciné par Nathan Milstein (seconde version)
Jean-Sébastien Bach : Sonates & Partitas pour violon seul et la manière dont il s'exprime librement dans cette musique et emporte l'auditeur avec lui.
Je mentionne aussi Gregory Fulkerson
Sonates & Partitas Pour Violon Seul Bwv1001-Bwv1006, puisque personne n'en parle et qu'il a ses vertus.
Il faut, si on le peut, entendre Tetzlaff sur une scène, mais ces deux disques ne sont pas un pâle Ersatz. Ils permettent de retrouver un musicien en quête de vérité.