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5.0 étoiles sur 5
Une Fledermaus qui se veut sérieuse, mais raffinée et malicieuse, 5 février 2010
Cet album est le rhabillage de l'interprétation présente jusque là dans les Great Recordings of the Century. Il s'agit donc de la version Karajan de 1955.
Plusieurs témoignages de l'art de Karajan dans la Chauve-Souris de Johann Strauss II ont été enregistrés par EMI, Decca et RCA, sans compter qu'on pourra les trouver sous diverses étiquettes à mesure qu'elles passeront dans le domaine public. La plus ancienne est celle enregistrée en studio en 1955 chez EMI avec le concours d'Elisabeth Schwarzkopf dans le rôle de Rosalinde et c'est aussi celle qui passe, avec quelque apparence de raison, pour être la meilleure. Elle bénéficie, en plus de celle de l'épouse de Walter Legge, de la présence de Nicolai Gedda, Rita Streich, Erich Kunz... .
Il faut lire les notices de chez EMI; elles renseignent à mots couverts sur les limites des disques dont elles vantent les mérites. Schwarzkopf se souvint plus tard de ce que voulaient Legge et Karajan "Rien de vulgaire ou de douteux", "un rubato aussi pur que possible", "il voulait du style", certes il en faut. Plus loin, on parle d'"un sérieux [...] plein de sévérité". Maintenant, vous êtes avertis.
C'est une excellente version, mais ce n'est pas la plus comique, la plus joyeuse. Certes, son statut de soubrette permet à Rita Streich de prendre quelques libertés avec le sérieux qui est demandé à tous, tout en chantant avec une admirable souplesse. Mais quand on connaît le miracle de style, mais aussi de comique ou d'ironie de la version de Clemens Krauss, ou, de façon considérablement moins distinguée, ce que fait Robert Stolz dans la même oeuvre, on peut être déstabilisé. Tous les effets sont gommés, ainsi dans l'évocation du café pris par Rosalinde sans son cher époux et, deux vers plus loin, dans celle de la tasse vide, à chaque fois un gruppetto allègre dénonce l'hypocrisie de l'épouse aimante feignant le désespoir d'être privée de son mari pour huit jours. Eh! bien, avec Madame Schwarzkopf, vous ne les remarquerez pas. De même, les ponctuations ironiques des vents qu'on entend distinctement dans la version Krauss, pourtant enregistrée cinq ans avant, sont inaudibles chez Karajan; il en est de même du rythme virevoltant qui relance sans cesse la bonne humeur et la fantaisie dans la Fledermaus de Krauss, chez Karajan, sans être absent, il paraît gommé au bénéfice de la ligne d'ensemble. Mon vieux dictionnaire Diapason des disques présente "une interprétation qui parle le Viennois avec un accent inimitable" : cet accent viennois semble ici contaminé par les effets du smog londonien.
Ces quelques réserves n'empêchent pas cette Fledermaus d'être parmi les trois ou quatre les plus recommandables. Cette Fledermaus est extraordinairement chantée, autant que celle de Krauss, bien mieux que celle de Carlos Kleiber, mieux que les autres enregistrements de Karajan, les chanteurs ont aussi un réel don de comédiens (ah ! Schwarzkopf !), Rudolf Christ est peut-être, par son intelligence, le seul Orlofsky qui vous ferait renoncer à une mezzo, il faut admettre aussi que l'élégance et le sens du rebondissement du chef sont réjouissants, que les passages parlés sont, c'est essentiel, excellemment intégrés aux moments musicaux pour une idéale théâtralité, que la malice est omniprésente dans la fête chez Orlofsky. D'où les cinq étoiles pour une Fledermaus à laquelle les contraintes imposées n'ont pas enlevé la vie, vraiment pas.
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