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3.0 étoiles sur 5
Toujours enragé et engagé, la maturité en plus, 31 décembre 2010
Visiblement, Damien Saez n'a rien perdu de sa rage contre la société de consommation qui le caractérise depuis ses premiers albums. Après la pause poétique de son triple album
Paris - Varsovie - L'Alhambra, il revient cette fois ci avec J'Accuse, écho à la lettre d'Emile Zola, qui dès la vision de la pochette victime d'un scandale nous annonce le ton : Damien Saez est énervé, Damien Saez va dénoncer, va râler, va nous donner une grosse baffe. Et le problème, c'est qu'on en a ras-le-bol de tout ce pessimisme. On est tous des moutons, on est tous cons, le message est passé depuis belle lurette. Et à l'heure où son clip
"J'accuse" était diffusé, bourré d'idées plus stupides et puériles les unes que les autres, la crainte d'un nouvel album dans le genre du titre
"Jeune et Con" nous résignait. Mais il se trouve que, étonnement, une fois ouvert, et après plusieurs écoutes, l'album s'avère être de facture pas si mauvaise, hormis le titre éponyme. Et pour cause, Saez a grandi, et ses textes, s'ils sont toujours autant révoltés, montrent une once de maturité dans le propos, notamment
"Pilule", qui outre le son démentiel prouve que le bonhomme sait prendre du recul sur ce qu'il dit, et pousse l'auditeur à en prendre aussi. On trouve aussi parmi les exceptions
"On a tous une Lula", référence (ou pas?) au film du génie David Lynch
Sailor et Lula, assez magnifique dans sa fulgurance et sa poésie, belle réussite.
Mais bon, cela reste un album de Damien Saez, qui s'en sort assurément mieux quand il fait des chansons d'amour et qu'il nous délivre tout son talent de compositeur tant attaché à la poésie que quand il se veut porteur des causes perdues et dénonciateur de la société de consommation actuelle. Il y a des choses à prendre, d'autres à laisser dans J'accuse, mais Saez s'en sort plutôt bien. On attend de voir ce que cela va donner par la suite, et plus qu'une chose à espérer : qu'il cesse définitivement de se prendre pour le chanteur du peuple, pour l'incompris, et de se construire une image autour là-dessus. Car cette fois ci, nous pouvons dire sans aucunes hésitations que s'il faut, évidemment, des chanteurs qui critiquent, parce qu'il y a à critiquer sans doute, il est indubitablement meilleur quand il sort des titres comme
"Kasia",
"Putains vous m'aurez plus",
"Varsovie" ou encore
"Les bars du port".
Dommage oui, mais après tout, un album de Damien Saez, c'est un peu comme un film de Catherine Breillat (ben oui, je vous vois déjà rire là, mais si si, c'est vrai) : pas spécialement appréciable ni enthousiasmant (que le premier qui est sorti heureux d'Anatomie de l'Enfer lève la main), mais qui s'inscrit dans une réelle démarche artistique, ce qui n'est finalement pas si courant. On ne peut pas plaire à tout le monde.
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11 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Surpris positivement, 11 avril 2010
Ce disque a été une grande surprise. J''ai quitté la France il y a maintenant un bail et le nom de Saez m''était inconnu il n''y a qu'une semaine. Cet album est inégal, mais atteint par moment des sommets par l''adéquation surprenante de la musique et des textes. D''un point de vue plus personnel, j''ai été très sensible aux thèmes principaux des chansons, qui sont comme une synthèse de beaucoup de choses que j''ai sur le coeur et auxquelles je répugne souvent de me confronter. Quelques impressions pêle-mêle ci-dessous. Mais avant, laissons de côté la « polémique » sur la pochette, qui ne fait que confirmer que pour devenir censeur il faut surtout être hypocrite et ne pas avoir de miroir dans lequel se regarder.
La première chanson, « les anarchitectures » est en fait un texte déclamé sans musique. Je l''ai vue décrite comme étant « A Capella », mais il s''agit plus de poésie que de chanson. On regarde le passé en se disant que même s'il n''était pas parfait, il n''était pas médiocre. C'e'st en cela qu'on évite le passéisme: on a une critique plus spécifique du présent que le sempiternel « avant c''était mieux ». Avant c''était surtout toujours différent et pas vraiment uniforme, contrairement à la vision commune d''un âge d'or dont on s''éloigne. Et le présent est moins vu comme une corruption apocalyptique des valeurs qui faisaient le bon vieux temps que comme une atrophie mesquine des cerveaux et des sentiments. Il y a de la révolte et du désespoir dans les mots et le mètre. C'est bien, et cela donne le ton pour la suite comme peu d''introductions auraient pu le faire.
Ce qui caractérise la suite de l''album c''est une approche musicale simple, mais pas simpliste, qui tend à mettre en valeur les textes plus qu'à leur voler la vedette. Ça me plaît.
C''est surtout vrai pour les quelques huit ou neuf premières pistes, qui sont un regard noir et misanthrope sur les valeurs de nos sociétés contemporaines. J''ai par contre moins accroché sur la fin: Saez donne l''impression de moins bien savoir faire le positif. Quelques commentateurs ont mentionné que ça faisait ado, et effectivement critique et révolte sans vraiment savoir quoi proposer, c''était notre lot quand on avait 15 ans. Mais si les ados sont devenus trop adultes, peut être qu''il faut certains adultes pour éviter qu''une certaine flamme ne s''éteigne. Il mentionne les Béruriers à un moment et je ne peux que me demander qui parle de solidarité ces jours-ci. Finalement, il faut aussi admettre que le message est parfois plus nuancé ou intéressant qu''un rejet en masse et indiscriminé: où est l''amour des mots, du travail bien fait et de l''Oeuvre? On doit reconnaître à l''auteur une certaine forme de sincérité et d''ambition qui vont au-delà de la norme en vigueur. Une impression contradictoire pour finir: Je ne sais pas pourquoi, mais j'e ne peux m'empêcher de penser que le chanteur est un petit poseur à la personnalité détestable. C''est peut-être dû à la façon péremptoire et maniérée avec laquelle il délivre ses textes qui d'un point de vue strictement artistique marche assez bien. Je sais encore moins pourquoi cela ne me gêne pas vraiment.
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