C'est toujours délicat face à un archi classique de ne pas être totalement en phase avec la majorité. Qui suis-je pour émettre un avis sur ce monument? J'aurais tant aimé pouvoir m'enthousiasmer comme souvent cela m'arrive sur les romans du XVIIIè. De plus, Diderot a tout pour plaire, le style, la finesse, l'envergure d'esprit. Aussi suis-je bien triste de ne pas avoir tant goûté la saveur du suc intime de cet ouvrage tant vanté par Kundera. A n'en pas douter, Diderot est un grand esprit et il soulève moult questions pénétrantes au travers des pérégrinations de Jacques (le valet) et son maître, un couple de héros à la manière de Don Quichotte et Sancho Pança. Comme dans
Don Quichotte, la sagesse et l'usage du monde sont plus développés chez le valet que chez le maître, mais à la différence de l'ingénieux hidalgo, ici, Jacques possède également le grain de folie ou de roublardise qui donne la saveur au roman. Le maître ici n'est donc qu'un faire valoir pour le valet qui analyse tous les aléas de son existence au crible de la fatalité "il était écrit sur le grand rouleau que cela se passerait ainsi..."
J'aimerais dire que j'ai pris un plaisir fou à le lire, mais à la vérité les fréquentes interpellations du lecteur par le narrateur sont un peu barbantes de mon point de vue et n'apportent strictement rien au propos. Les remarques du genre "j'aurai pu faire en sorte qu'il leur arrive ça, mais finalement non" ou "vous voulez la suite et bien non je vais l'entrecouper volontairement avec un autre récit qui n'a rien à voir" sont pour moi un peu fatigantes à la longue et hachent considérablement le récit. Finalement, l'on est content d'en découdre même s'il est vrai que c'est facile à lire, qu'il y a toujours une agréable pointe d'humour ou d'ironie sous-jacente, que Diderot a une connaissance approfondie de l'âme humaine, et ce dans les différentes classes sociales et qu'il n'hésite pas à aller sur le terrain du grivois de temps à autres. Bref, je l'ai lu d'un point de vue culturel et d'histoire de la littérature, mais je n'en ferai sûrement pas mon livre de chevet. A vous de voir.