En lisant ce très beau témoignage, on prend conscience du lien étroit qui unit l'autodestruction (par les drogues légales ou illégales) au renoncement, au déni de soi, au suicide de l'âme :
« On rêve de partir, de découvrir d'autres pays, d'autres cultures, de quitter la famille, les parents, les études, de fuir l'avenir médiocre que l'on nous promet à répétition : « Sois sage et passe ton bac, prends la suite de papa ou de maman, ou file à la fac, avale les diplômes, sinon tu vas mourir de faim, de froid, et personne ne t'aimera. » Il n'y a pas d'autre alternative à quatorze ou quinze ans, pas de possibilité d'être seulement soi-même, différent des autres, d'avoir des rêves qui puissent devenir réalité si on s'en donne les moyens. Alors, les ados fumeurs de pétards rêvent d'ailleurs, là où on devrait trouver l'essentiel, même s'ils n'ont aucune idée de l'essentiel ! En revanche, en comparaison avec l'avenir effrayant qu'on leur propose, c'est déjà la liberté. » (p. 46)
Les parents d'Hélène la voulait pâquerette ou pissenlit - elle n'était pas ce genre de fleur. Ils l'avaient enfermé dans une définition formatée et étouffante, comme ils s'étaient eux-mêmes enfermés dans une existence étriquée et routinière, privée d'idéal. Et c'est parce qu'elle a cru aux limites que voulaient lui imposer ses parents qu'Hélène s'est laissée glisser dans l'autodestruction :
"Plutôt mourir que de ne pas être le coquelicot rêvé." (p.17)
Hélène croyait que devenir coquelicot était impossible : elle a choisi la mort, elle a choisi la drogue...
Mais, au bout d'une longue et terrible déchéance, et suite à une expérience de mort imminente, la vérité lui est apparue comme une révélation soudaine :
« La mort, j'y suis allée, j'en suis revenue, et je me suis aperçue qu'en réalité il n'y avait pas de carcan dans l'existence. Je m'étais limitée à une fausse définition de la vie, alors que la réalité était toute différente. Ma réalité à moi, c'était de comprendre un jour que la vie est plus forte et que seules mes propres barrières étaient un frein à mes rêves. » (p. 178)
La beauté et la force de ce témoignage sont dans son dénouement : Hélène n'est pas seulement sortie de la drogue, elle a dépassée ses limites parentales, elle a réalisé son rêve, devenant ainsi ce qu'elle avait toujours été en secret : une fleur de tiaré. Son père voulait qu'elle suive ses traces, qu'elle reprenne l'entreprise familiale - mais au bout du compte, Hélène a suivi son rêve à elle, faisant ainsi triompher son âme et éclater au grand jour sa vérité intérieure.