Après six ans de carrière et quelques albums rock teintés d'influences folk plutôt biens accueillis, Phil Lynott et sa mince Lizzy décide d'opter pour une formule résolument plus agressive. Sans concéder quoi que ce soit au niveau de la qualité des textes et autres penchants soul, Jailbreak indique clairement qu'elles seront les futures règles du jeu des albums à venir. A savoir, un rock mélodique libéré de tout cliché et fier de ses racines gaéliques. Tout en ouvrant la voie royale du succès aux membres du groupe, ce disque s'impose avant tout comme le classique de Thin Lizzy, tant par sa spontanéité rock que par sa coloration musicale.
Sensible aux réalités sociales et petits drames du quotidien, Lynott aime raconter des histoires dans lesquelles se disputent points de vues personnels, grands espaces et combats épiques. C'est ainsi que toutes sirènes hurlantes, l'album plonge frénétiquement son hard dans le plus pur style Lizzy. Aucun faux pas, aucune aspérité. Si la plupart des titres jouent leur peau à quitte ou double, d'autres prennent le temps de nous inviter à un voyage plus intime. Rimant hors des entiers battus, les textes sont travaillés, ourlés de sentiments qui apportent cette note d'exception qui font les grands albums.
Loin de négliger sa musique, Lizzy la mince flanque chacun de ses morceaux de twin guitares altières sachant se montrer lascives en fonction de la tournure des évènements. Touchés par la grâce, Scott Gohram et Brian Robertson font merveilles derrière le déhanchement soul de la basse de Phil Lynott. Tout en libérant son agressivité, Thin Lizzy parvient à donner chair à un disque dans lequel se voisinent rocks métissés de groove, balades au feeling celte, sans que jamais un pouce de terrain ne soit gagné d'avance. Dénuée de toute inclusion, Jailbreak est une pierre rare dont le pouvoir fascine encore des années après.
N'oubliez pas, Phil Lynott and the boys are back in town.