Le classique de Thin Lizzy en studio (de loin le meilleur album avec Brian Robertson, en dehors du
Live and Dangerous, mais qui est lui aussi virtuellement un album studio), avec son impeccable pochette très « comic-book » signée Jim Fitzpatrick, illustrateur quasi attitré du groupe.
Personnage incroyablement doué, bourré de talents, Phil Lynott n'était peut-être pas un bassiste révolutionnaire, mais son habileté en tant qu'auteur-compositeur était incontestable : bien sûr, l'album ne saurait se résumer à son hit millésimé
« The Boys Are Back In Town » (sa chanson la plus reprise) et à
« Jailbreak », toutes les chansons étant mémorables – et ce n'est pas pour rien que la majorité d'entre elles se retrouvera sur le
Live and Dangerous.
Contrairement à beaucoup de groupes de hard rock de l'époque, les textes du chanteur n'ont rien de macho et il se montre même souvent sentimental et romantique, comme dans
« Romeo and the Lonely Girl ». Dans l'intense
« Emerald », la pièce de choix de
Jailbreak, le sang-mêlé Lynott revendique à nouveau son héritage celte, évoquant les luttes claniques du Moyen-Âge et les légendes les plus fascinantes, qu'il transmet à son tour, à la manière des bardes de sa terre. Un peu comme John Ford, autre Irlandais d'origine, il relate aussi la conquête de l'Ouest dans
« Cowboy Song » en vrai gamin pauvre de l'après-guerre, qui rêvait au cinéma devant les westerns.
Seul le son (qui fait penser à celui d'un garage dont les murs auraient été couverts d'emballages d'oeufs) fait vraiment défaut à ce très bel album (par manque de moyens, sans doute), mais cela ne l'empêche pas de s'écouler à 100 000 copies à sa sortie et elle se logera même crânement à la huitième place des charts anglais.
En plus, dans le sillage de
« The Boys Are Back In Town »,
« Jailbreak » fréquente aussi les hit-parades et Thin Lizzy, désormais lancé, rejoint enfin le peloton de tête des groupes majeurs du moment. Quelque part dans la ville, on s'était effectivement fait la belle et la cavale n'était pas prête de prendre fin.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story