A vif ! Des lignes écrites au scalpel. Et pour ceux qui en usent ou en abusent, des lignes blanches qui s'envolent, légères, et qui satellisent ! Secoué, shooté, torpillé, voilà comment on sort. Le livre lévite en haut de la tête et en dedans, comme un astre de plus pour tenter de franchir la nuit, sans la passer. Construction habile où les mots tendent la main : venez, venez ! Nous allons vous dépiauter, vous coller aux basques ! Jamais vous n'aurez senti ainsi la vie qui danse, et gagne au jeu sa substance ! Venez ! Incroyable banquet des araignées, nous lecteurs de fourmis, fascinés ! Poésie de chair, jamais plus haut, plus définitive. Sandrine Rotil-Tiefenbach donne dans "J'air" une éblouissante géographie des silences du sang. L'idée est simple : l'héroïne enlève sa peau, quitte son apparence, en toute banalité ; Antoine, son Antoine s'en aperçoit à peine, s'en accommode. Normal, on le retrouve à la fin, phagocyté par le roman ! Plus rien ne demeure, pas même les os, et, tout cela effacé, dégage l'infini, le paysage de la poésie. Celle de Sandrine Rotil tétanise, sécrète du plaisir aux limites de l'admissible. "J'air" pur : le délicat édifice du vertige.