Au cours des cinq dernières décennies, chaque interprète de James Bond a su enrichir le héros de Ian Fleming de qualités nouvelles en l'investissant de sa propre personnalité. Sean Connery était un fauve, Lazenby un romantique, Moore un blagueur. Dalton, lui, joue la carte de la vulnérabilité.
Certes, 007, sous ses traits, reste globalement l'homme que nous connaissons. Amateur de jolies femmes, conducteur émérite, athlète accompli, il parcourt toujours le monde en semant derrière lui cadavres et bons mots. Pourtant, derrière sa cuirasse d'insouciance, on devine des failles. Ce Bond-là est un tueur doué de conscience, qui préfère désobéir aux ordres plutôt que perdre son âme.
Une fois passé le somptueux prégénérique situé à Gibraltar, le film proprement dit commence d'ailleurs par une scène emblématique de cette nouvelle approche. Chargé, à Bratislava, de "sécuriser" la défection d'un général du KGB, 007 se retrouve confronté à un dilemne cornélien qui éveille en lui des qualités humaines qu'il n'avait jusqu'alors démontrées que dans les romans de Fleming.
La même évolution s'observe dans ses relations avec la gent féminine. Avec Dalton, le coureur de jupons d'antan se transforme en amant attentionné qui accompagne sa belle à l'opéra, lui achète des robes coûteuses et l'emmène faire des tours de manège!
Moins cruel, moins cynique, Bond redevient dans "The Living Daylights" ce qu'il était à l'origine dans l'esprit de son créateur: un type assurément coriace et débrouillard mais capable aussi de tendresse et d'émotion. Ce qui l'amène, évidemment, à baisser parfois sa garde et à tomber dans des pièges grossiers. En devenant plus humain, 007 devient aussi plus faillible.
Pour autant, et c'est la plus belle réussite de ce film, le grand spectacle est toujours au rendez-vous. Entre les scènes psychologiques, poursuites et pugilats rivalisent d'énergie et d'ingéniosité. Au premier rang de ces morceaux de bravoure, citons la fuite vers l'Autriche à bord de l'Aston Martin, brillamment mise en scène par un John Glen qui sait trouver le parfait équilibre entre l'action pure et la comédie.
Ajoutons à tout cela que la musique de John Barry est superbe et le casting intégralement judicieux, avec une mention particulière pour Thomas Wheatley qui apporte au rôle de Saunders une palette de nuances remarquable.
Le résultat final est un divertissement de grande tenue qui témoigne une fois de plus de la formidable capacité de l'agent 007 à se réinventer sans cesse.