Inscrite dans l'histoire des grandes interprêtes mozartiennes et straussiennes de la seconde moitié du XXème siècle, Gundula Janowitz possède une voix éthérée reconnaissable entre toutes, un timbre d'une beauté pure, irradiante, que l'on pourrait assimiler à une Schwarzkopf sous un rayon de lune.
Cette autrichienne née à Berlin (en 1937) se fait remarquer (par Walter Legge) en fille-fleur à Bayreuth en 1960, sous la direction de Knappertsbusch (on la retrouvera d'ailleurs deux ans plus tard dans la captation légendaire de Kna 1962). Elle fait alors ses débuts pour Karajan à Vienne en 1960 dans la Barberine des Noces de Figaro; durant les trente années suivantes elle sera l'une des voix favorites de Karajan (ainsi que de Karl Böhm), tant à la scène qu'aux studios.
Janowitz s'est illustrée dans Mozart bien sûr (notamment Donna Anna, la Comtesse, Fiordiligi, Pamina) et Strauss (Ariane, la Maréchale du Rosenkavalier, la Comtesse de Capriccio), mais elle s'illustrera aussi dans des rôles plus dramatiques, comme la Léonore du Fidelio de Bernstein, ou la Sieglinde de Karajan, sans oublier l'Eva des Meistersinger (voir la sublime captation de Kubelik, avec Thomas Stewart et l'immense Sandor Konya). Mais aussi des musiques plus religieuses ou d'oratorio : Bach bien entendu, mais aussi une incontournable Missa Solemnis de Beethoven, ou encore un inoubliable Ange Gabriel de la Création de Haydn. On citera également une remarquable Elisabetta dans le Don Carlo de Verdi (un live sous la baguette de Horst Stein, avec Corelli, Waechter et Ghiaurov), l'un de ses rares rôles non germaniques (hormis l'un ou l'autre rôle verdien, et bien sûr les rôles italiens de Mozart). Enfin, on ne peut évidemment oublier que Janowitz a signé l'une des références absolues des fameux Quatre Derniers lieders de Richard Strauss (avec Karajan).
Le coffret de la série Original Masters offre un programme parfois éclectique et parfois daté, offrant le plus connu mais aussi des enregistrements plus rares (comme cette Cantate de Telemann), voire l'un ou l'autre inédit (deux airs de Mozart), ainsi que les quatre derniers lieders de Strauss dans la rare captation live avec Bernard Haitink.
Environ 5h30 d'une voix opulente et gracieuse, pure et éthérée, d'envoûtement vocal plus que d'émotivité caractérisée, de cette ivresse hédonique du beau son, si chère à Karajan. Un chant dont la sophistication surnaturelle peut parfois être confondue avec de la froideur, mais ne nous y trompons pas : il s'agit bien ici de l'une des plus belles voix féminine que nous ait donné le XXème siècle.
CD1: Mozart.
Nous retrouvons ici l'album complet consacré aux Airs de concert de Mozart, enregistré en juin 1966 avec le Wiener Symphoniker dirigé par Wilfried Boettcher (chez DG, collection The Originals). L'album est complété par deux inédits mozartiens captés début mai 1970 : un air d'Idomeneo, et un air du Cosi fan tutte, toujours avec le Wiener Symphoniker dirigé cette fois par Sir John Pritchard.
CD2: Telemann, Handel, Bach.
Ino, la rare cantate dramatique de Telemann est ici captée en avril 1965 avec l'Orchestre de chambre de Hambourg dirigé par Wilfried Boettcher. Suivent quatre extraits du Messie de Handel (trois arias, et un duo avec Marga Höffgen), l'ensemble orchestral Bach de Munich étant dirigé par Karl Richter en juin 1964. Bach enfin, avec deux airs extraits de l'Oratorio de Noël, toujours avec Richter en février/mars 1965 (extraits d'un enregistrement légendaire avec Fritz Wunderlich, Christa Ludwig et Franz Crass).
CD3: Beethoven, Brahms.
Outre deux extraits de la Musique de scène pour Egmont (avec le BP sous la direction de Karajan, en janvier 1969), nous trouvons ici en version complète la Messe en ut majeur op.86 (avec notamment Julia Hamari et Horst R.Laubenthal, l'Orchestre Bach de Munich dirigé par Karl Richter, un enregistrement d'août 1969). En complément, le sublime solo pour soprano du Requiem Allemand de Brahms (extrait de la version BP Karajan de mai 1964, avec Eberhard Waechter et le Wiener Singverein).
CD4: Weber, Wagner, Lortzing, J.Strauss.
Weber à l'honneur tout d'abord avec deux extraits du Freischutz, et deux extraits d'Obéron. Rappelons que Janowitz incarnait l'une des plus grandes Agathe qui soit, et notamment dans la grande version de référence signée Carlos Kleiber. Wagner ensuite, avec deux airs du Tannhauser, deux airs de Lohengrin, et un superbe air de Rienzi. Le tout capté en avril 1967 avec l'Orchestre le l'Opera de Berlin sous la baguette de Ferdinand Leitner.
S'ensuit un extrait du mémorable Parsifal de Kna 1962, où Janowitz incarne l'une des filles-fleurs, le petit rôle qui l'a fait remarqué deux ans auparavant à ce même Bayreuth. Pour terminer, un petit tour du côté de l'opéra-bouffe allemande : deux extraits de Der Waffenschmied de Lortzing (avec l'Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin, dirigé en décembre 1963 par Christoph Stepp), et le fameux Czardas de Die Fledermans de Johann Strauss (version luxueuse de Karl Böhm à la tête du Wiener Philharmoniker, en novembre 1971).
CD5: R.Strauss, Orff, Mozart.
Un cinquième disque d'exception, puisque consacré en bonne partie à Richard Strauss. Tout d'abord la scène finale complète du Capriccio (extrait de l'intégrale d'avril 1971 avec Karl Böhm à la tête de l'Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise). Ensuite une vraie perle pour connaisseurs : les 4 derniers lieders dans la captation live réalisée le 27 juin 1968 (cinq ans avant sa référence studio absolue avec Karajan), le Royal Concertgebouw Orchestra d'Amsterdam est dirigé de main de maître par Bernard Haitink; une captation qui fait jeu égal avec la version studio (c'est dire le niveau exceptionnel de ce concert !). En complément, deux courts extraits du Carmina Burana de Carl Orff (Orchester der Deutschen Oper Berlin dirigé par Eugen Jochum en octobre 1967), et les airs de la Comtesse des Noces de Figaro de Mozart (extraits de l'intégrale avec Karl Böhm à la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Berlin, en mars 1968).