Kei, Satsuki et leurs camarades d'université se retrouvent tous les samedis dans une petite salle de tatami que leur prête un temple du quartier. Avant tout par respect des traditions et par amour du thé vert, ils forment ce cercle de la cérémonie du thé et se réunissent ainsi chaque week-end pour parfaire leurs techniques, répétant sans relâche, avec une concentration toujours soutenue, les gestes d'un rituel traditionnel influencé par le bouddhisme zen et apparu au cours du XIIIe siècle.
Comme beaucoup de pays, le Japon redoute de voir ses traditions disparaître, abandonnées par une jeunesse davantage tournée vers un futur fardé de hautes technologies que vers un passé baigné des strictes règles ancestrales, inchangées depuis les origines. Pourtant, il suffit d'un coup d'oeil pour constater que le pays a réussi à conjuguer modernisme et traditionalisme. L'identité japonaise est importante aux yeux de tous ceux qui la composent et qui ressentent le profond besoin d'appartenir à la communauté nationale. L'héritage ancestral des rites et des coutumes tisse des liens puissants entre les habitants de l'archipel et forme une identité toujours retrouvée.
Avec l'été, point culminant des fêtes dites matsuri, qui voient l'explosion colorée de gigantesques feux d'artifice, les Japonais sortent dans les rues pour se retrouver dans l'ambiance d'antan. Au gré du ballet des jukata (kimono légers), portés généralement par les jeunes filles mais aussi par quelques garçons, la foule se presse dans les ruelles anciennes, au son d'instruments et de musiques traditionnels. Certains se laisseront emporter par la danse, observant les gestes pratiqués par les anciens et transmis de génération en génération. Les enfants sont omniprésents, courant et se faufilant partout, nullement gênés par leurs vêtements traditionnels ni par les claquements secs que produisent à chaque pas leurs geta (chaussures traditionnelles en bois). Plongés dans l'univers de leurs ancêtres, ils se passionnent pour des jeux d'une autre époque tout en se rafraîchissant d'une glace pilée à l'ancienne agrémentée de sirop.
En dehors des périodes de festival, malgré l'apparence ultramoderne et trépidante de la vie urbaine, le Japon traditionnel n'est jamais bien loin. Les geisha en sont les témoins discrètes, qui ne se déplacent que rarement et toujours en taxi, de porte à porte. Il est donc quasiment impossible de les apercevoir. Au mieux peut-on entrevoir la silhouette d'une maiko (apprentie n'ayant pas encore atteint le statut de geisha) ou se laisser illusionner par de jeunes touristes ayant revêtu pour quelques heures un costume traditionnel accompagné d'un simili maquillage authentique. Elles sont légion autour des nombreuses boutiques de location et d'habillage «geisha».
Moins touristiques mais tout aussi traditionnels, les arts martiaux sont une véritable religion au Japon. Leur pratique a été gravée dans l'histoire du pays par de grands maîtres et, s'ils sont aujourd'hui largement connus à travers le monde, ils font l'objet d'un profond conservatisme au Japon. L'ouverture d'un dojo ne s'improvise pas. Consacré à l'entraînement physique tout autant que spirituel, ce lieu reflète la présence du bouddhisme zen dans chaque discipline. D'abord lieu de méditation, il est devenu un espace de pratique des principaux arts martiaux japonais tels que le kendo, l'aïkido, l'iaido, le judo ou encore le karaté. Les maîtres y enseignent tout autant les mouvements que la spiritualité de l'art pratiqué. Dans certains dojo ouverts au public se déroulent les entraînements des célèbres sumotori, qui pratiquent le sport japonais le plus empreint de rites traditionnels religieux. Ainsi le dohyo en terre où les combattants s'affrontent est-il construit avant chaque tournoi par un maître artisan japonais qui reproduit une technique séculaire, puis béni par les moines shinto et... strictement interdit aux femmes.
Plus accessibles au néophyte, les représentations du théâtre no, en plein air ou en salle, se déroulent dans un décor authentique à la composition toujours semblable. Jeu de scènes et de masques perpétué par des acteurs ayant étudié aux côtés des plus grands, cette forme théâtrale est la plus ancienne du Japon et la plus complète, puisqu'elle combine musique, danse, sculpture, confection de costumes et d'accessoires. Caractérisé par une extrême sobriété, le nô se distingue du kabuki, art traditionnel théâtral japonais plus populaire marqué par une représentation scénique des plus vivantes et par des acteurs aux maquillages et aux costumes très élaborés. Ces deux formes théâtrales principales sont loin d'être les seules ! Il existe bien d'autres traditions scéniques héritées de temps immémoriaux et perpétuées dans le Japon d'aujourd'hui.
Les Japonais aiment leur histoire, leurs traditions, leurs coutumes, et font leur possible pour les conserver et les transmettre intactes. Au pays du Soleil-Levant, un héritage millénaire côtoie sereinement la modernité trépidante.
--Ce texte fait référence à l'édition
Broché
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David Michaud est photographe et journaliste, après avoir été web-designer indépendant. Traitant de nombreux sujets photographiques pour divers clients, c'est en 2002 qu'il se focalise sur le Japon à la suite d'un premier voyage, et créé internet lejapon.fr. Son blog devient au fil du temps une référence sur le pays, lui valant d'être cité dans de nombreux magazines et d'être l'invité d'émission de télévision. Après quelques expositions, David Michaud signe ici son premier livre sur le Japon. L'agence ASK Images, créée en 1996 à Paris, l'agence Ask Images diffuse le travail d'une trentaine de jeunes photographes professionnels. Les reportages (aventure, ethnologie, nature, société, tourisme...) sont régulièrement diffusés dans la presse française et étrangère.