Paru en 1978,
Jazz apportait la preuve parfaite que Mercury, May, Deacon et Taylor n'avaient pas tout donné avec
News Of The World (1977). Éclectisme est encore le mot qui vient immédiatement à l'esprit à l'écoute de ce septième opus. Sonorités orientales (et clin d'oeil aux origines de Mercury) avec "Mustapha", dérision pop avec "Fat Bottomed Girls", références à Tin Pan Alley avec "If You Can't Beat Them" et "Don't Stop Me Now", et au jazz avec "Dreamer's Ball", et énergie rock'n'roll avec "Let Me Entertain You" et "Dead On Time", les ambiances se succèdent sans jamais se ressembler. Un album incontournable de la saga Queen !
- -Philippe Margotin
Malgré son titre, le septième album de Queen n'est pas celui d'un franc revirement musical. On y retrouve la patte du quatuor, avec au menu une pop/rock baroque ornée d'harmonies vocales, de tubes évidents, de ballades et d'excentricités diverses. Le délirant
« Mustapha », ouvre l'album avec un Freddie Mercury la jouant muezzin et chantant quelques phrases en arabe (possible réminiscence de son enfance). Le morceau est surprenant et amusant, qui confirme l'inclination passablement comique du groupe. L'album est aussi celui de trois hits : le ronflant et très ampoulé
« Bicycle Race », qui s'avère assez agaçant, l'irrésistible élan ascendant du très pop
« Don't Stop Me Now », et
« Fat Bottomed Girls », aux très réussies harmonies vocales et à la grosse caisse entêtante. Le très plaisant
« Dreamer's Ball » rappelle immanquablement
A Night At The Opera, avec ses airs de ballades de cabaret et la guitare de Brian May qui se prend pour un trombone.
Trois autres titres se détachent encore des quatre morceaux hard-rock du disque.
« Dead On Time », dont le riff excellent a des accents zeppeliniens, ainsi que le très réussi
« More Of That Jazz », au rythme lent et à la guitare grinçante, emmené par le chant rauque de Roger Taylor, qui aurait certainement pu faire une bonne carrière de chanteur de hard. Et le brillant et très dynamique
« Let Me Entertain You », surtout, dont les paroles résument tout le programme du groupe : divertir, amuser. L'un des meilleurs morceaux de hard de Queen, avec un Freddie Mercury au meilleur de sa forme, roulant ses R avec des intonations à la Klaus Nomi, lâchant avec désinvolture quelques mots de français. Et le chanteur n'était sans doute jamais si délicieusement drôle que lorsqu'il jouait la précieuse au détour d'une locution en français (il l'avait déjà fait sur
Killer Queen ou
A Night At The Opera, par exemple).
Le reste est de moindre intérêt, plus anecdotique sans être mauvais toutefois, avec ici Roger Taylor au chant (le vaguement funky
« Fun It »), là Brian May (le vaguement folky
« Leaving Home Ain't Easy »), naviguant entre quasi hard rock (
« If You Can't Beat Them »), ballades (la très beatlesienne
« Jealousy » et
« In Only Seven Days »),
« More Of That Jazz ». Un cran en-dessous des précédents albums,
Jazz est tout de même un bon disque, avec son lot de délices.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story