Avis au lecteur: si la longueur de mon commentaire vous rebute, n'hésitez pas à lire la critique de Stefets, qui résume bien ce que je pense de ce livre! http://www.amazon.fr/gp/pdp/profile/AO5WR1A97DB6L/ref=cm_cr_pr_pdp
Au début, tout avait bien commencé. La partie 1, décrivant la surefficience, était plaisamment écrite, je m'y retrouvais (comme j'avais pu m'y retrouver chez d'autres auteurs: Jeanne Siaud-Facchin, dont le livre a été une révélation pour moi, Monique de Kermadec, Arielle Adda, toutes les 3 psychologues cliniciennes, Arielle Adda ayant la spécificité d'être surdouée, Cécile Bost et Hervé Magnin, eux mêmes testés et surdoués). J'étais un peu surprise que Mme Petitcollin ne se présente pas professionnellement, parlant juste de ses "consultations", laissant planer le doute. Est-elle psychothérapeute, psychologue,... avec un diplôme ou une certification? Que nenni. La 4ème de couverture m'apprend qu'elle est "conseil et formatrice en développement personnel et communication".
Ensuite elle se simplifie la vie en déclarant d'emblée qu'elle ne va pas citer ses sources au fur et à mesure, mais les regrouper dans la bibliographie (charge au lecteur de deviner lui-même les liens??). Pas très professionnel ni très honnête (je suis d'ailleurs surprise que l'éditeur ait accepté), mais très pratique comme nous le verrons plus loin. Les seules sources qu'elle cite dans le texte sont... ses propres ouvrages :-))). Bref passons. Lecture simple, conviviale et agréable, je continue.
Page 30, elle écrit: "Dans la majorité des cas de surefficience mentale, l'hyperesthésie se combine avec une synesthésie" (activation croisée des sens dans le cerveau). Or si l'on se réfère à l'ouvrage de Cécile Bost, qui elle, cite ses sources, il est écrit: "Selon le site de l'Université de Genève, une personne sur deux mille serait synesthète" (soit 0.05% de la population). CQFD...
Encore mieux: Christel Petitcollin affirme qu'on peut prouver facilement sa synesthésie, en répondant spontanément à des questions telle que: "Quelle est la couleur du mot jeudi?". Heu...? Noir??!! "Quelle est la couleur du mot table?"... Cherchez bien. Mme Petitcollin, affabulatrice?
Puis je commence à tiquer en lisant, p. 97, que l'auteure s'oppose farouchement aux tests de QI. Bien sûr, un test est forcément réducteur car il met dans une case, et est à prendre avec précaution. Une personne avec un résultat élevé aux tests peut ne pas être surdouée. Toutefois, lorsqu'on passe du temps sur les nombreux forums consacrés à la douance, et en lisant les autres auteurs (dont certains ont fait de ce domaine leur spécialité et sont des professionnels reconnus), on s'aperçoit vite que les tests ont aidé la majorité des personnes qui souhaitaient les passer, à s'accepter et à aller de l'avant, à faire reconnaitre leur spécificité à leur entourage. De plus, une personne hypersensible n'est pas forcément surdouée, d'où l'utilité des tests. Mais pour faire passer ces tests, il faut être psychologue... Ce que Mme Petitcollin n'est pas... On comprend donc mieux pourquoi elle est autant réfractaire aux tests, car ils pourraient révéler une erreur de diagnostic, diagnostic qu'elle aurait posé sur ses patients ou... sur elle-même... Lorsqu'on ressent soi-même le besoin de passer ces tests et d’échanger avec un spécialiste de la douance (car le test n'est RIEN sans l'entretien qui confirme ou non la douance, les intelligences étant multiples) , il peut être violent de lire dans ce livre qu'il ne faut surtout pas les passer, et sans que l'on connaisse la légitimité de l'auteure pour affirmer cela. Premier malaise...
Je crois en fait, que l'auteure mène une croisade sous-marine anti-psy, anti-thérapeute, sous prétexte que certains ne savent pas reconnaitre la douance. Il serait temps qu'elle se réveille et sorte du jugement et de la projection car beaucoup font aussi un travail phénoménal.
Puis la lecture de la Partie 2-II (Une personnalité Originale - L'idéalisme) m'a surprise: cette partie, étrangement courte par rapport aux autres, était très mal écrite, pleine de métaphores ridicules. Incompréhension et malaise bis...
Et ensuite, c'est le pompon, l'incrédulité jusqu'à la fin: l'auteure use et abuse des généralisations, des raccourcis dogmatiques sans citer ses sources.
Ses généralisations sont de deux ordres:
- généralisation à propos des "pervers narcissiques", qu'elle stigmatise. Sans daigner expliquer qui sont ces personnes, comment elles fonctionnent, pourquoi elles en sont là, en utilisant ce terme psychiatrique avec beaucoup de légèreté, elle dresse une vision très manichéenne des rapports entre le pervers narcissique et la blanche colombe (vous l'aurez compris: = le surdoué). Elle affirme ainsi que la plupart de ses clients surdoués sont en couple avec un pervers narcissique, et que dès qu'elle parvient à les sortir de leurs griffes, ils trouvent peu de temps après une âme sœur (forcément surefficiente). Quelle chance!! NB: je ne nie pas l'existence de telles personnes manipulatrices, j'en ai même croisé 1 ou 2..., je m'oppose à la façon dogmatique dont elles sont présentées dans ce livre.
- généralisation à propos des 70 à 85% de normopensants (les "canards", les gens "dans la norme", les irrémédiablement et uniquement "cerveau gauche") clairement opposés aux 15 à 30% de surefficients (les "cygnes", irrémédiablement et uniquement "cerveau droit"). Pour cela, elle fait sans cesse référence à Jill Bolte Taylor, personne qui a vécu une expérience hors du commun (être privée du fonctionnement de son cerveau gauche suite à un AVC). Par définition une expérience hors du commun ne peut être généralisable. Mme Petitcollin s'appuie pourtant sur elle à tour de bras (et sur Béatrice Millêtre, mais sans la citer dans le texte) pour démontrer sa théorie, qui est la suivante et qui m'a largement horrifiée (je cite en regroupant mot pour mot les qualificatifs employés), p. 168 notamment: "85% des gens... fonctionnent en mode cerveau gauche... et ont... des croyances simplistes, disent des phrases creuses comme "la vie continue", critiquent tous les faits et gestes de leur entourage, donnent des conseils sentencieux, sont froids, insensibles, individualistes, se moquent du bien-être collectif, sont sans empathie, se passionnent pour des programmes télé débiles, vivent la rupture relationnelle comme une égratignure et s'en remettent très vite, ne discutent QUE de la pluie et du beau temps, passent des journées placées sous le signe de la lenteur et du manque de contenu, etc". J'en passe et des meilleures... Je suis certaine que les 85% gens ne se reconnaissant pas dans la surefficience vont adorer lire ce portait d'eux mêmes!! Ils pourront s'éclater entre congénères puisqu'ils sont si nombreux!! Presque la totalité de l'humanité.
Il est à noter que la définition du terme "normopensant" n'est donné qu'aux 2/3 du livre, après usage massif dans les chapitres précédents. Pas très logique ni très professionnel.
Quant aux 15% restants, ce sont des "gros bisounours assoiffés d'amour" (sic), toujours prêts à recevoir et donner de l'amour, incapables de se défendre. Pour les 85% restants, rhabillez vous, Dieu vous a oublié à votre naissance quand il a distribué la capacité à aimer. Ces 15% ont un fort besoin de contact physique (et quand je vois que Mme Petitcollin propose des consultations par téléphone sur son site internet, ça me laisse songeuse). Lorsqu'on sait qu'une des caractéristiques de la douance est la capacité à voir ce qui ne va pas (la fameux regard "laser") et à critiquer, à toujours vouloir améliorer, ça laisse perplexe qu'elle les traite de bisounours... Ainsi, en lisant le livre de Cécile Bost, on s'aperçoit vite que les surdoués qu'elle cite ne sont pas (que) des bisounours.
Une question se pose: Christel Petitcollin est-elle un cygne ou un canard? Le mystère est soigneusement entretenu, l’ambiguïté rode... peut-être qu'elle se voudrait cygne, mais n'est que canard? ou un hybride?
Il semble aussi que Mme Petitcollin fasse un amalgame fâcheux entre "neuro-droitiers" et "surdoués".
Lire la suite ›