5.0 étoiles sur 5
Une malle aux trésors, 6 août 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jean Martinon: enregistrements Decca 1951-1960 - Adam : Giselle ; Tchaïkovsky : Symphonie Pathétique ; Prokofiev : Symphonies n° 5 et n° 7 ; Offenbach : Ouvertures ; Lalo : Suites de Namouna etc... (CD)
Avant de confier aux micros d'Emi et d'Erato ses ultimes lectures de Ravel, Debussy et Roussel qui furent trois piliers de son répertoire, Jean Martinon (1910-1976) avait déjà gravé chez Decca, dans les années 1950 et 1960, une série d'enregistrements plus révélatrice de son éclectisme.
On nous propose ici de les retrouver dans un boîtier de 9 CD.
La musique que l'on dit légère s'y fait la part belle. Légère, mais jamais frivole sous une baguette aussi racée et élégante : Offenbach, bien sûr, mais aussi de rarement jouées ouvertures de Adam et Boieldieu.
Plus sérieuses, mais tout aussi colorées, les Suites de "Namouna", parfumées d'épices orientales, et la Suite du "Cid" de Massenet, étonnante série de décoiffantes danses espagnoles.
Martinon y fait preuve d'un zèle enthousiaste, peut-être hérité de Charles Munch, son professeur.
Le genre chorégraphique est également bien représenté, avec de fins extraits de "Giselle", ou avec "Le beau Danube bleu", arrangé par Roger Desormière à partir de célèbres valses de Strauss. Très chic !
La vigueur rythmique et une direction sèche, sans doute acquises au contact d'Albert Roussel qui fut son mentor, prédisposaient naturellement Martinon à la musique russe.
Il nous livre une interprétation méconnue mais splendide de la Symphonie n°1 de Chostakovitch, dont l'influx nerveux la place d'emblée au premier rang de la discographie.
Déjà rééditées par Testament, les 5 ème et 7 ème de Prokofiev s'avèrent foncièrement originales par l'extrusion du matériau instrumental. L'orchestre du Conservatoire, rogue et éructant, apporte un éclairage singulier sur ces deux oeuvres que l'on imaginerait plus lisses.
Autre révélation, avec la Philharmonie de Vienne : cette incroyable "Pathétique", élégante, guillerette, niant a l'envi tout avatar autobiographique.
Nous vous laissons le soin de découvrir les autres trésors enfouis dans ce coffret, car il y en a...
Mille mercis à Decca d'avoir exhumé de ses caves ces précieux témoignages, présentés dans des conditions techniques et éditoriales dont s'honore la collection Original Masters.
Pour commémorer le trentième anniversaire de sa disparition, l'on ne pouvait rêver plus bel hommage à un artiste insatiable et surdoué.
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