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4.0 étoiles sur 5
Un travail très sérieux, 19 janvier 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jean Moulin : Le politique, le rebelle, le résistant (Broché)
Un ouvrage véritablement remarquable, évidemment par le solide travail biographique concernant la vie du héros où on distingue deux parties. Dans la première, le portrait de l'homme très présent est vraiment intéressant, dans la seconde Jean Moulin se confond dans son action politique entre Résistance intérieure et France libre.
Par ailleurs, on reçoit quelques échantillons de la personnalité du général De Gaulle par quelques anecdotes. Par exemple l'auteur n'hésite pas à parler de « relative indifférence » du général de Gaulle vis-à-vis de la Résistance quand celle-ci ne servait pas directement ses desseins en matière de politique étrangère...
Le chapitre "Caluire" vraiment passionnant, ne livre pas de révélations "sensationnelles" mais un vivier de très bonnes informations qui sont nécessaires pour percevoir le véritable climat de la Résistance.
Un livre référence où chacun ressortira enrichi grâce au travail sérieux de l'auteur, je conseille vivement cette oeuvre.
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5.0 étoiles sur 5
Exceptionnel ouvrage historique sur la Résistance, 15 juillet 2011
Jean-Pierre Azéma est un historien expert de la Résistance française. Professeur à Sciences-Po, il est un grand érudit, rigoureux dans sa démarche d'historien, honnête, intelligent. Il est rare de lire des ouvrages aussi puissants sur cette période de l'Histoire de France, qui, avec une rare connaissance de l'époque, de ses enjeux politiques des ses hommes et femmes, parvient à dégager avec force et nuance les axes de compréhension de la Résistance. Passionné de cette page d'Histoire de France, par raison familiale (engagements multiples de membres proches de ma famille dans la Résistance et les FFL), documenté, je puis m'exprimer en connaissance de cause. "Jean Moulin" m'a appris à préciser et comprendre plus en profondeur et vérité le sens de l'engagement de la France résistante dans l'appui absolument nécessaire, vital, qu'elle apporta au Général de Gaulle dans sa recherche éperdue de légitimité (représentation de la France combattante) face à Roosevelt et Churchill, qui, dans un premier temps avaient donné leur confiance à Darlan, suppôt de la collaboration, représentant de Vichy, puis après son assassinat par un royaliste, le 24 décembre 1942 à Alger, à Giraud, soldat de qualité mais, heureusement, piètre politique. Non De Gaulle n'était pas un apprenti dictateur (ce que l'Histoire récente avait pu laisser penser - cf. la Pologne), ce que la personnalité même du Général pouvait laisser penser ; De Gaulle représentait la vraie France contre celle de la Collaboration. Il lui fallait le soutien de la population française libre, toutes tendances politiques confondues. C'est ce qu'apporta Jean Moulin, le chef du Conseil de la Résistance à plusieurs reprises, notamment, dès le 13 février 1943 :
"Tous groupes politiques et résistants me chargent féliciter général de Gaulle pour son attitude ferme Casablanca [conférence d'Anfa] - lui font confiance pour abdiquer aucun des droits France Combattante dans négociations en cours et l'assurent fidélité absolue peuple français - celui-ci n'admettra pas concessions incompatibles principes sacrés pour lesquels il lutte." (p.350)
Jean-Pierre Azéma poursuit : "C'est ce qui rend plausible l'hypothèse de Daniel Cordier [secrétaire de Jean Moulin, officier FFL, BCRA] estimant que c'est Moulin, lors de son second séjour à Londres, qui convainquit Charles De Gaulle, alors hésitant sur le ton à adopter, de ne pas baisser la garde face à Giraud. Du coup De Gaulle télégraphiait ensuite à Catroux le 23 mars :
"Nos organisations de la Résistance en France viennent de me confirmer leur adhésion avec une netteté impressionnante. Dans l'intérêt national, pour le présent et pour l'avenir, l'union avec Giraud est très désirable, mais certainement pas à tout prix. Mes résolutions sont prises." " -p.350
Cable de Jean Moulin du 8 mai 1943 :
"Veille départ de Gaulle Algérie tous mouvements et partis résistance zones nord et sud renouvellent général de Gaulle et Comit national attachement total aux principes qu'ils incarnent et dont ne sauraient abandonner parcelle sans heurter violemment opinion française. Tiennent à déclarer fermement 'Primo que rencontre prévue doit se faire entre Français au grand jour et au siège gouvernement général d'Algérie. A suivre. 'Secondo que les problèmes politiques ne sauraient être exclus des conversations.' 'Tertio que subordination de Gaulle à Giraud comme chef militaire ne sera jamais admise par peuple de France qui demande installation rapide gouvernement provisoire Alger sous présidence de Gaulle avec Giraud comme chef militaire.' ' Quarto quelle que soit l'issue des négociations de Gaulle demeurera pour tous seul chef Résistance française. Fin'". (p.409)
Un petit éclairage sur Giraud explique a posteriori l'heureux dénouement gaullien :
"Giraud qui avait pris le titre de commandant civil et militaire, était un homme d'ordre, qui avait maintenu à Alger la législation vichyssoise, mesures antisémites comprises. A ses yeux De Gaulle demeurait le subordonné qu'il avait eu sous ses ordres à Metz : l'accueillant à Anfa, il l'interpellait par un "Bonjour Gaulle" ! Jugeant la France Libre à la fois suspecte et insignifiante, il avait refusé de rencontrer Jean Moulin. Quant à la Résistance intérieure, il la voyait comme un ramassis d'incapables manipulés par les communistes. Son principal atout venait de la Maison-Blanche. Ce n'est pas que Roosevelt se soit fait la moindre illusion sur ses capacités politiques. Il n'était pas le seul à les juger médiocres (...) Mais la Maison-Blanche appliquait, ici comme ailleurs, ce qui fut sa politique constante : traiter avec l'autorité en place, sans s'arrêter à des considérations idéologiques et sans engager l'avenir." (p.379)
Si Giraud fut heureusement réduit au silence politique par De Gaulle, grâce aux efforts de la Résistance, il ne faut pas cependant se leurrer sur l'impression d'unité dans la Résistance. Les batailles de chefs étaient violentes. Le terrible événement de Caluire peut s'expliquer sur ce fond de dissensions graves entre chefs contre la représentativité, gaullienne, de Moulin. Hardy, pisté par la Gestapo, n'était pas convié. Il le fut par un des chefs de Combat qui souhaitait l'avoir comme allié dans sa volonté d'imposer un successeur au Général Delestraint qui venait d'être arrêté, autre que celui auquel se référait Moulin.
A deux reprises, l'auteur invite Daniel Cordier à publier ses mémoires. Ecrit en 2003 et revu en 2006, "Jean Moulin" précède en effet la publication du remarquable
Alias Caracalla. J'inviterai l'historien, s'il lisait mon commentaire, à nuancer certains de ses propos sur la "droite-extrême" essentiellement représentée par les Royalistes, par la référence à deux ouvrages nécessaires :
Des royalistes dans la Résistance de François-Marin Fleutot et
Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance de Simon Epstein - même si, très justement, Jean-Pierre Azéma sait retracer l'engagement de représentants socialistes dans la Résistance, indiquant l'influence des CAS - Comités d'Action Socialiste - dans la création du CNR. Enfin, j'aimerais que l'auteur corrige une erreur, imputable à Philippe Viannay, dont il sait prendre des distances, en lisant l'autobiographie du grand résistant Jacques Lusseyran qui fut le créateur (et non pas Viannay) de "Défense de la France" qui devint France Soir en s'associant avec Viannay par la suite, pendant la guerre :
Et la lumière fut - quand même une histoire exceptionnelle de ce résistant aveugle qui fut chef de réseau et survécut à la déportation.
Lire aussi :
Premier combat de Jean Moulin (son seul ouvrage retraçant l'héroïsme de sa résistance dès juin 1940) et
Entre ici, Jean Moulin, Discours d'André Malraux en hommage à Jean Moulin, 19 décembre 1964
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Un travail très sérieux, 18 février 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Jean Moulin : Le politique, le rebelle, le résistant (Broché)
Un ouvrage véritablement remarquable, évidemment par le solide travail biographique concernant la vie du héros où on distingue deux parties. Dans la première, le portrait de l'homme très présent est vraiment intéressant, dans la seconde Jean Moulin se confond dans son action politique entre Résistance intérieure et France libre.
Par ailleurs, on reçoit quelques échantillons de la personnalité du général De Gaulle par quelques anecdotes. Par exemple l'auteur n'hésite pas à parler de « relative indifférence » du général de Gaulle vis-à-vis de la Résistance quand celle-ci ne servait pas directement ses desseins en matière de politique étrangère...
Le chapitre "Caluire" vraiment passionnant, ne livre pas de révélations "sensationnelles" mais un vivier de très bonnes informations qui sont nécessaires pour percevoir le véritable climat de la Résistance.
Un livre référence où chacun ressortira enrichi grâce au travail sérieux de l'auteur, je conseille vivement cette oeuvre.
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