Le seul intérêt de ce DVD est le motet "In convertendo", le plus beau des trois de Rameau qui nous sont parvenus à peu près entiers. Et ce n'est pas un mince intérêt, car il est presque parfaitement interprété et très bien capté, aux Invalides.
Les vingt-cinq choristes sont irréprochables, dans les deux choeurs fugués à cinq et six voix, et notamment dans le dernier, "Eunt ibant et flebant", qui est un chef-d'oeuvre absolu. Des quatre solistes, trois sont excellents : la basse Nicolas Rivencq et les soprani Sophie Daneman et Olga Pitarch. Le haute-contre Jeffrey Thompson en revanche a un timbre agréable, mais manque de projection, et ses mimiques convaincues ne compensent pas le fait qu'on n'entend qu'une syllabe sur deux de ce qu'il chante. Sinon, voir si bien l'orchestre et les chanteurs est un plaisir qui aide à entendre les beautés de cette musique plus suave que dévote.
Malheureusement, ces vingt-cinq minutes de bonheur sont chichement complétées par un petit quart d'heure de pièces de clavecin en concerts ("La Timide", "La Poplinière", et "La Rameau"), musique de chambre géniale mais gâchée par le fait que le clavecin est presque inaudible, ce qui détruit l'équilibre fragile de ces miniatures si délicates. On eût préféré entendre les deux autres motets.
Enfin, reste un documentaire de près d'une heure sur Rameau, qui intéressera les néophytes, mais n'apprendra rien aux autres. Voilà donc un DVD fort peu généreux.
Pour l'ensemble des trois motets en CD, on conseillera la version d'Hervé Niquet, un peu meilleure que celle de Christie à notre avis.