Ce 5è volume clôt cette récente réédition intégrale, en noir et blanc, des aventures de Jerry Spring dessinées par le belge Jijé (JG, Joseph Gillain), auteur majeur de la BD franco-belge et pilier de l'hebdomadaire "Spirou" pendant des lustres.
Comme les tomes précédents, des notes introductives resituent les oeuvres dans leur période et leur environnement, ainsi que dans la vie de l'artiste.
Cinq aventures sont proposées, les deux premières, datées de 1966 et 1967, suivent sans accroc la publication des précédentes dans "Spirou", tandis que les 3 dernières ont été publiées dans ce magazine entre 1974 et 1977.
En effet, Jijé s'est entretemps fâché avec son éditeur Dupuis qui ne voulait plus donner à Jerry Spring, après la parution des planches dans "Spirou" chaque semaine, une publication en album cartonné comme pour les séries "de marque" du journal. Les ventes de Jerry Spring s'étaient en effet fortement réduites à l'approche de la moitié des années 1960, après une quinzaine d'aventures conformes à la tradition du Western classique, un univers trop "plan-plan" depuis l'arrivée du Western "spaghetti" et dans le contexte généralement agité des années 1960.
Ainsi, pendant que certains de la deuxième génération de ses élèves ou assistants devenaient stars artistiques et commerciales de la BD, ou s'apprêtaient à le devenir, tels que Gir (Blueberry), Mézières (Valérian et Laureline), Derib (Buddy Longway), l'étoile du maître était au plus pâle, le contraignant à divers projets de commande (Tanguy et Laverdure) ou avortés.
'Jerry contre KKK' (1966), scénarisé par Jacques Lob, est une tentative sympathique de faire écho à la lutte des Afro-Américains pour les droits civils. 'Le Duel' (1966-1967), dans lequel il y a beaucoup d'action selon les canons du Western "classique" (siège d'un fortin par les Indiens etc.), est aussi une façon pour Jijé et Lob d'aborder la question du racisme et de la xénophobie mais avec une idée déjà vue.
Avec son retour en grâce auprès de la maison Dupuis au mitan des années 1970 et, a fortiori, l'admiration tapageuse d'une nouvelle génération de dessinateurs en vue (Chaland, Cornillon et Clerc notamment), Jerry Spring revient dans les pages de "Spirou" (en supplément grand format, noir et blanc) puis en beaux albums, avec des scénarios du fils de Jijé, Philippe Gillain, dit Philip.
Le trait du dessinateur se fait plus noir, plus hachuré aussi (notamment pour les joues des protagonistes, qui perdent le goût du rasoir !), tandis que le découpage des pages se libère du gaufrier de papa. Mais, si Jijé reste le maître incontesté du dessin qu'il a été, les histoires reviennent à un certain classicisme, voire à des situations déjà vues dans les albums précédents (ranch convoité par des bandits, traversée du désert, enfermement dans une mine, chute dans un arroyo ou creek, personnage accusé à tort etc.) qui ne rendent pas justice à l'actualité du personnage de Jerry Spring.
Spring est initialement un fils de bonne famille de l'Est des Etats-Unis. Attiré par l'Ouest, il y devient Deputy US Marshall. Quant à son fidèle compagnon d'aventures, Pancho, dès le début de 'Trafic d'Armes', il possède un ranch avec son frère au Mexique. A la fin de 'La Route de Coronado', les deux héros récupèrent leur part d'un ancien trésor espagnol qui doit leur permettre aisément de s'installer chacun dans leur propre ranch. Ils en reparlent dans l'aventure suivante, 'El Zopilote'. De fait, au début de 'Pancho Hors-la-loi', Spring semble être propriétaire d'un ranch, et employeur d'au moins un salarié, un palefrenier, le vieux Sam. Il démissionne facilement de son poste d'U.S. Marshall (il a pris du galon !) dans l'épisode suivant, 'Le Loup Solitaire'. Mais tant Spring que Pancho, continuent sans cesse d'évoquer l'achat d'un ranch, d'abord en Californie (Pancho dans 'La Route du Coronado'), puis au Mexique ('La Fille du Canyon') ! En fait, ils restent, selon la volonté de Jijé, deux aventuriers dans l'âme et sans attache. Les élèves de Jijé, notamment Derib pour Buddy Longway, mais aussi Gir pour Blueberry et Mézières pour Valérian et Laureline, prendront une autre voie pour leurs personnages, avec raison.