Avec deux magnifiques versions intégrales en DVD, « Jewels » est l'œuvre de Balanchine aujourd'hui la mieux servie par le DVD, tant on trouve de beautés dans cette interprétation comme dans celle de l'Opéra de Paris, enregistrées à quelques mois d'intervalle en 2006 et 2005.
Deux points donnent pourtant à la version parisienne un net avantage sur celle du Mariinsky :
- les costumes et les décors utilisés à Saint-Petersbourg sont certainement plus fidèles à la version originale de 1967, mais semblent aujourd'hui un peu et kitsch, et bien moins élégants que leur splendide réinterprétation par Christian Lacroix pour l'Opéra de Paris,
- les danseurs russes sont souvent mal (ou étrangement) filmés: cadrages trop serrés qui cachent les mouvements d'ensemble, inutiles prises de vues en plongée. Le pire est atteint dans la section médiane de « Rubies », quant un objectif à grand angle filme parfois les danseurs de si près que l'image subit d'horribles distorsions. (Mais « Diamonds », le meilleur du spectacle, est heureusement à peu près épargné.)
Dans la danse elle-même, on trouve ici d'excellents solistes dans « Emeralds », mais l'Opéra de Paris conserve quand même une petite supériorité, car sa pléiade d'étoiles (Pujol, Osta, Ganio, Belarbi), avec d'autres solistes tout aussi méritants (Thibault, Abbagnato...) lui donne une homogénéité sans faille.
Dans « Rubies », Irina Golub est charmante, très souple et sexy, mais elle n'a pas l'expressivité ni la prodigieuse maîtrise technique d'Aurélie Dupont. Et Sofia Gumerova ne peut davantage égaler l'autorité et la virtuosité de notre Marie-Agnès Gillot. En plus de danseurs insurpassables, il me semble aussi que la chorégraphie de l'Opéra de Paris est plus élaborée, plus soignée dans les moindres détails.
C'est finalement dans « Diamonds », la dernière partie de l'œuvre, que le Mariinsky est imbattable, en y distribuant le couple impérial Lopatkina-Zelensky. « Diamonds » est un immense pas de deux en hommage à Marius Petipa, avec un long adage, de brillants solos et de grands intermèdes pour le corps de ballet. Il était logique que cette partie inspire tout particulièrement le Mariinsky, où Petipa fit sa carrière et Balanchine son apprentissage. Du long adage, il existait deux belles versions (Suzanne Farell et Peter Martins en 1977, ou Agnès Letestu et Jean-Guillaume Bart avec l'Opéra de Paris). Malgré leur immense talent, ces deux couples ne parvenaient pas à faire progresser de bout en bout ce long duo de plus de dix minutes. Ici, les deux danseurs atteignent un tel niveau de perfection que le problème ne se pose plus : à de telles hauteurs stratosphériques, le temps est suspendu, et les artistes nous offrent ce rare spectacle d'une chorégraphie telle que Balanchine a pu la rêver. On ne pourra jamais faire mieux !
Donc, une belle version qui mérite amplement d'être vue, pour des « Diamonds » d'anthologie, et des « Emeralds » et « Rubies » qu'on prendra plaisir à comparer point par point avec la version parisienne.