Je ne suis pas bilingue. Je comprends l'Anglais, je peux en lire, mais je ne suis pas assez calé pour définir si une traduction est bonne ou catastrophique. J'ai du mal à comprendre ceux qui critiquent systématiquement les traductions de comics, à moins que tous ceux qui s'y collent soient bilingues et comprennent donc, à travers la traduction, qu'elle était la volonté première de l'auteur. Ici, c'est un écrivain que je n'ai jamais lu qui a pris en main la traduction de Joe The Barbarian, et je trouve qu'il s'en sort honorablement. A part le titre. Pourquoi ne pas laisser Joe le Barbare ?
Excepté ce titre, Urban comics a encore édité un très beau livre. La série en intégralité, qui reprend les couvertures originales des huit épisodes et quelques bonus intéressants : ils éclairent la minutie avec laquelle les dessins ont été pensés et réfléchis.
Car la première force de ce Joe réside dans le dessin de Sean Murphy. Un peu anguleux, très sombre, il rayonne pourtant à chaque double planche, à chaque case d'ambiance pluvieuse. Il génère presque une odeur, caractéristique à chaque lieu visité. Loin des albums habituels qui décrivent une action et se concentrent sur le déroulement d'une histoire, le dessin nous invite à pénétrer un univers presque tangible, aidé par ses nombreuses références aux comics et aux jouets réels.
Ce monde, nous le connaissons presque tous. Même si vous n'avez jamis vécu dans une petite maison de banlieue, ni eu une chambre pleine de jouets, vous avez tous eu votre imagination pour vous évader. Il y a peut-être longtemps, mais elle a existé, aussi sûrement que l'air que vous respirez.
Joe l'aventure intérieure est en passe de devenir une de mes bds favorites. Je la trimballe tout le temps en ce moment, tout comme je le faisais avec
Asterios Polyp il y a deux ans. Enfant et jeune adolescent, je fantasmais sur le livre ultime, celui qui ne me quitterait jamais, qui était doté de pouvoirs magiques, dont je pourrai me servir pour toutes les situations, un livre dont je serai le héros (
Le voyage de l'effroi). Je me voyais magicien nomade sans doute. Maintenant, je sais que c'est Douglas Adams qui avait trouvé le guide ultime (
H2G2, I : Le Guide du voyageur galactique), et qui ressemblait déjà à une tablette, connectée au réseau sans discontinuer.
Le travail de Morrison et Murphy me rappelle cette période, où l'on cherche à se protéger autant qu'on rêve de faits d'armes glorieux. Comme dans les Goonies ou The Explorers de Joe Dante, donner un sens à l'enfance, à la rendre inoubliable pour une cause juste. Joe, ce jeune adolescent fragile, y parviendra au bout de huit épisodes trépidants, remplis de rencontres inoubliables. Même si la première lecture m'avait inondé d'informations souvent cryptiques, la seconde a remis les choses en place. La quête du grenier jusqu'à la cave constitue la grande aventure rêvée, dévoilant le vrai nom qui sommeille en nous, notre raison d'être, notre capacité à vaincre le destin. Pour Joe, ce voyage sur deux étages prendra la forme d'une carte médiévale, mixant Batman, des sous-marins pour nains, des rats géants, des ailes volantes en bois et bien d'autres artefacts tirés de tout l'imaginaire connu.
Encore une fois, Grant Morrison prend une direction complètement différente de ses travaux habituels et écrit une histoire très personnelle, retrouvant l'esprit de l'enfant, un peu comme Goscinny avec
Le Petit Nicolas ou Boulet avec ses
Notes, Tome 7 : Formicapunk. Alan Moore et Frank Miller m'avait aidé a passé le cap du jeune adulte, sans retour possible en arrière. Morrison m'a rappelé combien l'âme de l'enfant que j'étais m'est vital et qu'il ne doit jamais être abandonné.