Cet ouvrage des éditions Bernard Giovanangeli se présente comme un essai de réhabilitation de Joffre depuis sa nomination en tant que chef d'état-major général de l'armée française, en 1911, jusqu'à son remplacement en 1916.
Je dis réhabilitation car dès la préface, l'auteur -lui-même général- explique qu'il va redorer le blason de Joffre écorné dès la fin de la Première Guerre mondiale, mettant en parallèle l'époque du maréchal et la nôtre -moins propre à supporter les grands sacrifices consentis pendant la Grande Guerre... et la responsabilité des massacres de ce conflit retombe, in fine, sur les généraux, ces "grands bouchers" de 14-18. Or ces généraux étaient, en France, loin d'être préparés à ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale. Joffre, qui venait du génie, en est l'incarnation. On a un peu peur au début au vu de ce parti pris mais fort heureusement, les choses s'améliorent avec les premiers chapitres et l'auteur est bien plus pondéré dans ses propos.
Le volume se présente comme un essai, traitant dans les chapitres de différentes thématiques. Certains sont plus intéressants, et mieux travaillés, que d'autres, en particulier ceux sur l'offensive, le plan XVII, la bataille de la Marne, Verdun. On est surpris en revanche que dans celui sur les limogeages (expression due à Joffre), l'auteur se refuse à donner tous les noms, ce qu'il cache derrière une sorte de fraternité d'armes, mais qui laisse planer une sorte de "tabou militaire" sur le sujet, peu glorieux il est vrai. La thèse de l'auteur est de montrer que Joffre a sa part de responsabilité dans les désastres français des débuts de la Première Guerre mondiale, mais c'est une responsabilité qu'il partage largement avec d'autres acteurs.
Si certaines analyses sont intéressantes, on peut regretter que l'ouvrage (qui ne comprend pas de conclusion) se contente justement d'être un essai, et n'ait pas été élargi à une biographie plus consistante de Joffre. En effet, si les grandes lignes de sa vie sont rappelées dans la courte préface, les points traités ici auraient gagné à être vus dans une perspective plus globale, sans être détachés de leur contexte. Cela transparaît dans la bibliographie : hormis quelques titres, tous les autres datent de l'entre-deux-guerres ou de l'avant Première Guerre mondiale. Il manque des ouvrages de référence écrits par des historiens spécialisés sur le conflit, sur le personnage et sur son époque. On reste donc un petit peu sur sa faim pour mieux cerner Joffre.