À peine a-t-il commencé que déjà la justesse sonore de ce « Solo Cantatas » impressionne. Comme de nombreux disques du label Harmonia Mundi, celui-ci a été enregistré au Studio Teldex de Berlin. En spécialiste du son qu'il est, René Möller a remarquablement géré les contraintes de cet enregistrement. Ici, la technique s'efface au profit de l'interprétation, gratifiant au passage Bernarda Fink et le Freiburger Barockorchester d'une vraisemblance peu commune. Cette proximité est la bienvenue car elle trouve ici tout son intérêt, notamment dans les deux premières cantates. Empreint d'une certaine gravité, le discours de Bach - très sobre - devient, de cette façon, judicieusement intime. On ne compte plus le temps, on le savoure, la lenteur devenant alors le meilleur allié de la profondeur et de l'équilibre ; l'aria centrale de la BWV 170 est en cela un exemple révélateur. La sérénité autorisant la confiance, c'est sur un ton plus jovial que la dernière cantate s'offre à nous. Lieu d'échange privilégié, la voix charnelle de la mezzo argentine trouve auprès de l'orchestre un ferment d'une grande efficacité. Cette unité donne à ces pages sublimes un relief saisissant. Les cordes et les bois rivalisent d'ingéniosité tandis qu'au sein du continuo, l'orgue de Wolfgang Zerer « se la joue » plus concertiste que simple figurant. Pour toutes ces raisons, et pour bien d'autres encore, tout discret qu'il est, ce disque est à considérer comme un maillon très utile à la compréhension ou à l'approfondissement de l'oeuvre vocale du Cantor.