John Huston serait le grand cinéaste de l'échec. Aventures humaines avortées, médiocrité ou grandeur se fracassant contre le réel: ses personnages n'arrivent que rarement à leurs fins, et le plus souvent le combat est perdu d'avance. Les deux films, plus ou moins tardifs, réunis dans ce coffret en sont de bons exemples, en même temps qu'ils ont chacun une singularité elle aussi typique du regard toujours complexe que portait Huston sur l'humanité. Après quelques films médiocres dans les années 80, Au-dessous du volcan signait le retour de Huston à un cinéma ambitieux, d'autant plus ambitieux qu'il adaptait le roman réputé inadaptable de Malcolm Lowry. Est-il adapté pour tous ses aspects par Huston d'ailleurs? Pas sûr. On apprend dans les passionnants entretiens avec Huston fournis en bonus qu'il trouvait que le roman avait des beautés indéniables mais qu'il se perdait parfois dans le verbiage. Il reste que sa réduction semble peut-être un peu trop importante. Mais le film vaut par sa peinture du Mexique, et l'interprétation magistrale d'Albert Finney en alcoolo en fin de course. Le Malin, quant à lui, vaut aussi pour son interprétation hallucinée (celle de Brad Dourif), mais est un modèle d'adaptation d'oeuvre littéraire. Huston arrive à rendre l'étrangeté de Flannery O'Connor, en la créant autrement, par des moyens proprement cinématographiques. A vrai dire, lors de ma première vision du film, il y a quelques années au cinéma, j'avais été quelque peu rebuté par ce côté bizarre, qui fait que le récit est emmené sur des chemins qui peuvent sembler outrés. En revoyant le film, il m'apparaît bien au contraire comme étant d'une limpidité et d'une précision redoutables. Comme le roman (La Sagesse dans le sang), il est bien plus qu'une simple dénonciation de la récupération mercantile de la religion, ce qu'il est pourtant aussi. Il s'agit bien du portrait d'un homme dérangé, dont on serait bien en peine de cerner la nature exacte de son dérangement, même si bien des pistes sont dessinées (psychanalytiques, sociales, etc.). Comme le plus souvent, le coffret Carlotta est exemplaire: copies parfaites, bonus de grande qualité (entretiens d'époque avec Huston, analyses). Pourvu qu'ils continuent à mettre en valeur le patrimoine cinématographique de cette façon!