Sans jamais hésiter à laisser libre court à diverses influences au sein de son rock, Philip Parris Lynott restera avant tout un homme blessé qui n'aura de cesse de témoigner en musique les faits divers d'une vie qui le rattraperont quelques albums plus tard. Alors que Jailbreak brûle encore les platines, c'est dans la même année que Johnny The Fox vient nous rappeler que les histoires d'hommes et d'amour se construisent souvent au milieu des mauvaises herbes. Suite logique de l'album précédent, Johnny le filou s'embrase d'un feu légèrement différent, mais tout aussi jouissif. Contrastant avec l'apparence froide de Jailbreak, les couleurs rousses de la pochette de ce disque sont un piège pour qui aurait tendance à croire en une quelconque accalmie.
Tout en faisant profession de violence dès le début de l'album, Lizzy n'oublie pas une seconde de valoriser son rock de certaines légèretés dont elle a le secret. Alors que la basse de Lynott ronfle son soul et arrondie les angles sur les premiers titres, il est d'ores et déjà inscrit que l'intensité ne primera pas sur l'émotion. Thin Lizzy, c'est avant tout une signature sonore, un charme complexe issu d'une fusion brassant énergie, urgence, mélodie et swing. Irrésistible, la musique jouée ici possède ses propres artifices. Comme annoncé dès les premiers riffs, l'album se concentre sur l'objectif avoué de jouer le tout pour le tout, mais avec la particularité de parer cette violence d'un pelage lustré. Des cuivres, par exemple. Et ça marche ! Immédiatement à la hauteur des ses prétentions, Johnny The Fox se mérite comme une plongée en eau profonde.
Là ou certains se seraient logiquement risqués à la balade sentimentale, Don't Believe A Word évite l'écueil en assumant son blues au travers d'une rythmique enlevée. Faisant la nique à tous les attendus en matière de vague à l'âme, Phil Lynott surprend une nouvelle fois son monde tant au niveau feeling que créativité. Techniquement au diapason, les guitares courtisent avec insolence toutes les brèches. Jamais jalouses, plutôt jumelles, elles sont de tous les duels et ne font pas caprice de leurs charmes. Si le choix des armes est laissé à Scott Gohram et Brian Robertson, en arrière plan la batterie de Brian Downey fait mieux que remplir son office. D'ailleurs ce n'est qu'après plusieurs écoutes que l'on se rend vraiment compte de l'étendue d'un jeu qui mérite toute notre attention. Traversé d'instants héroïques où le groove se mêle à la fureur, de petites histoires de banlieue irlandaise, Johnny The Fox sonne la charge de la brigade légère d'une manière inégalable.
Métis afro irlandais fier de ses racines gaéliques, Phil Lynott aura, toute sa vie durant, été un cas à part dans l'industrie du rock. A sa manière, cette chronique lui rend humblement hommage.