JOHNNY GUITAR n'est pas un western dans "la grande tradition" de l'Ouest. On est très loin des films de John Ford. Parce que son réalisateur, Nicholas Ray, est d'une autre génération (l'après guerre), et qu'il vient de la série B, du film Noir. Il imprime sa marque à ce western, baroque et flamboyant. Et puis c'est un film mené par les personnages féminins, colt aux poings, et ça, ça change nettement la donne !
L'histoire est difficile à résumer. Pour faire simple, on y voit Johnny Guitar s'installer dans le saloon tenu par Vienna, son ancien amour. Vienna cumule les ennemis : une bande de pillards (dont on pense qu'elle est leur chef) Emma, une rivale amoureuse, et les hommes du shérif. Ca fait beaucoup pour une seule femme. Et le retour de Johnny dans sa vie ne va pas simplifier les choses.
Comme dans beaucoup de films de Nicholas Ray (TRAQUENARD, LA FUREUR DE VIVRE...) on voit évoluer deux êtres qui se cherchent, se rapprochent, s'aiment, prisonniers d'un environnement violent. La mise en scène de Ray, formé à la série B, tient à la fois du film d'action, et du drame lyrique. C'est un western atypique donc, construit autour de deux écorchés vifs, alternant des scènes de poursuites, d'action, de coups de feu, de suspens, et des scènes intimistes, comme lorsque Vienna et Johnny, seuls dans le saloon, se remémorent leur passé, personne n'osant vraiment avouer à l'autre la passion qui le ronge. Film aussi sur la justice, le lynchage (réalisé en plein Mc Carthysme), avec ce personnage d'Emma, veuve vindicative, qui prend la tête d'une milice, aveuglée par ses désirs et ses fantasmes refoulés. JOHNNY GUITAR met face à face deux comédiens admirables, Joan Crawford masculinisée à l'excès (qui détestait ce film !), et l'impressionnant Sterling Hayden, tout en violence latente. La mise en scène de Nicholas Ray capte l'essentiel, sans maniérisme superflu, et sur un rythme trépidant. Encore une fois chez lui, le travail sur les couleurs est tout à fait remarquable.
Baroque, violent, lyrique, flamboyant, complexe, JOHNNY GUITAR est tout cela à la fois. C'est aussi une formidable aventure pleine de rebondissements, de duels, de tueries, qui en fait un film aussi divertissant qu'exigeant. Un chef d'oeuvre.