Paris, secteur soviétique. Décembre 1951 : en plein coeur de Paris, un tueur en série menace l'équilibre de la guerre froide...
Ce n'est pas le scénario d'un "what if" de magazine d'histoire militaire, mais bien le deuxième volet d'une nouvelle série de bandes dessinées aux éditions Delcourt : Jour J. L'idée, c'est de mettre en scène des situations uchroniques (la réécriture de l'histoire à partir d'un événement passé dont le résultat est modifié). Le premier tome portait sur la conquête spatiale pendant la guerre froide : les Russes sont les premiers à marcher sur la Lune en 1969. Le point de départ était bon, mais le scénario ne m'avait pas emballé. Ici aussi, ce n'est pas le scénario qui m'a vraiment captivé, mais plutôt le fond, dommage qu'il soit peu développé en comparaison de l'intrigue...
Imaginez un peu : le débarquement de Normandie écrasé en raison d'une tempête effroyable dans la Manche et de la contre-attaque allemande immédiate sur les plages ; le débarquement en Provence qui bute sur Lyon défendue comme un second Stalingrad ; De Gaulle mort dans un accident d'avion en 1945, tandis que les Allemands contre-attaquent à l'est ; finalement, en 1946, les Russes passent le Rhin, libèrent Paris où se sont soulevés les FTP. La France est divisée en deux : le nord-est, occupé par les Soviétiques, devient la République Populaire Française, tandis que le reste du territoire est sous la coupe des Anglais et des Américains, qui y répandent leurs dollars fabrication maison et prêchent la bonne parole...
L'intrigue du tueur en série se base en définitive sur des choses assez classiques, la légende noire de Beria, sbire de Staline, et un relent de Jack l'Eventreur. En revanche, les auteurs parviennent très bien à nous plonger dans ce monde de guerre froide quelque peu modifié, même si l'on y retrouve des choses connues. Simplement, on a bien l'impression d'évoluer dans un ensemble différent, modifié par l'uchronie proposée. En ce sens, l'équipe a bien réussi son pari : dommage que l'histoire criminelle manque un peu de consistance. Par ailleurs, j'ai trouvé le dessin plus agréable à l'oeil que dans le premier tome.
Cerise sur le gâteau : on a le droit a une bibliographie sommaire en fin de BD, avec du solide, John Keegan, Olivier Wieviorka, du moins solide comme Beevor, et surtout un clin d'oeil à la récente synthèse de Jean Lopez sur les offensives géantes de l'Armée Rouge en 1945, très critiquée car basée largement sur la production anglo-saxonne, mais qui a le mérite d'être la seule disponible et équilibrée (pas que les Allemands, enfin un peu de Soviétiques, ouf !) sur le sujet. Cela me donne fortement envie de continuer cette série, ce que je n'étais pas sûr de faire après le premier tome. A découvrir !