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Commentaires client les plus utiles
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une cheville ouvrière heureuse,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Journée d'un opritchnik (Broché)
En 2028, la Russie vivra en autarcie, ceinte de murailles derrière lesquelles supplique le reste du monde pour obtenir ses précieuses ressources. Imbue de son trésor et drapée de la légitimité de l'église orthodoxe, elle a replongé vers ses "véritables" racines, c'est à dire le passé, soit les valeurs de la Sainte Russie via un nationalisme pur et dur. A sa tête un Souverain, tyran implacable et paternaliste, ceint de sa milice personnelle, l'Opritchina, directement inspirée de celle d'Yvan le terrible, dont chaque membre doit avoir renoncé à sa vie privée et coupé les ponts avec sa famille.Dans son style direct et précis, Sorokine laisse parler l'un de ces opritchnik décrivant l'une de ses journées avec la naïveté et la crudité qu'autorise la bien-pensance. Recruté, enrichi, vivant dans une maison confisquée à un aristocrate exécuté, choyé par une domesticité esclave, Komiaga, entièrement dévoué au régime, laisse parler sa sauvagerie dans ce qui n'apparaît que comme une barbarie hautement ritualisée. Entre les cruautés insoutenables commises l'âme légère au nom du Souverain et l'enchevêtrement de codes absurdes et voisins du Kamoulox de Kad & Olivier qui suscite notre hilarité, il évolue sereinement, entre haute technologie, vulgarité et vocabulaire suranné (une voiture s'appelle un destrier; un soldat, un arquebusier). Aidé en cela par une hyperactivité que les beuveries obligatoires, drogue collective illicite (l'aquarium de sterlets d'or !) jusqu'à la bacchanale finale strictement masculine sensée sceller l'opritchina et sa virilité, entretiennent. Le peuple Russe et son âme si souvent invoquée ne sont jamais l'objet de son regard. Les femmes sont tellement dévalorisées qu'elles ne peuvent qu'être mères ou bien violées. Sauf la Souveraine, évidemment, libertine avérée. Marinant dans le non-sens absolu, il n'interprète pas à la vue de l'omniprésence Chinoise, la sinisation du vocabulaire Russe et la dépendance aux produits Chinois, une possibilité de renversement. Pas plus qu'il ne réalise que son chef, le Patron, outre toucher des pots de vins faisant entorses sur entorses à un règlement pourtant sacro-saint, manipule le Souverain. Parcequ'il participe au pouvoir en place et qu'il y est flatté et repu, Komiaga est sinon un homme, du moins une cheville ouvrière heureuse. Il est pourtant à l'origine du mot de la fin, situé au deuxième tiers du livre. Consultant une devineresse pour le compte de la Souveraine, il ne peut s'empêcher de lui demander: - Que va devenir la Russie ? - La Russie ne deviendra rien. Signé Sorokine... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Diabolique,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Journée d'un opritchnik (Broché)
Dans un futur relativement proche, la Russie éternelle a renoué avec son passé. Elle est retombée sous le joug d'une monarchie absolue de droit divin. Le Prince exerce un pouvoir totalitaire sur l'ensemble de l'Empire par l'intermédiaire de son bras armé, l'opritchnina, sorte de police secrète dotée des pleins pouvoirs et persuadée d'œuvrer pour le bien et l'édification du peuple. Un peu à la manière de Soljénitsine avec son zek Denissovitch, Sorokine se contente de nous raconter une journée ordinaire du « nettoyeur » Komiaga que l'on suit en train de liquider sauvagement un aristocrate en disgrâce, de torturer sauvagement sa femme, de brûler ses biens puis de prêter la main à des détournements de fonds à la frontière chinoise avant d'enquêter sur un dissident auteur d'un poème mettant en cause le gendre du Souverain'Les activités mafieuses, la violence, le vice de cette bande de loups font froid dans le dos. On sait que le trait est outré, mais qu'au fond une large part de tout cela est vraie. Une fois de plus, dans la « sainte » Russie tout est permis pour assoir une idéologie et liquider les opposants. En ressuscitant une milice qui exista réellement sous Ivan le Terrible, Sorokine imagine ce que pourrait être un pouvoir qui bénéficierait de la puissance et de la logistique du KGB, des technologies les plus modernes et les plus répressives et tout cela au nom d'une foi orthodoxe pervertie dans une sorte d'Inquisition puissance X ! Roman brillant et impitoyable dont il n'est pas facile de ressortir sans avoir récolté quelques éclaboussures au passage. La condition humaine nous apparaît dans toute sa triste horreur. Le style alerte rend ce livre facile à lire bien que l'on se prenne de temps en temps à penser que l'auteur a vraiment pris un malin plaisir à accumuler une telle quantité de monstruosités et de perversions sur si peu de temps' Diabolique ! Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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