Le film de Robert Bresson, adapté du roman éponyme de Georges Bernanos, montre de manière linéaire le court sacerdoce d'un jeune curé, tout frais émoulu du grand séminaire et nommé dans une paroisse rurale du nord de la France. Portant en lui une foi pure, exigeante et dogmatique, le jeune prêtre va très vite se heurter à l'incompréhension, voire à la haine de ses paroissiens. Malgré les bons conseils d'un curé plus expérimenté que lui (le curé de Torcy) et d'un médecin désabusé, il continuera à négliger sa santé, déjà pourtant très fragile, et s'entêtera à évangéliser de façon maladroite et dogmatique. Son « enseignement » sera fait de préceptes moraux ne cadrant parfois pas du tout avec la psychologie des personnages. Victime de moqueries, refoulé, méprisé, notre jeune curé va se retrancher dans l'écriture d'un long journal, racontant objectivement et sans concession les faits les plus marquants de sa vie quotidienne. Riche et simple à la fois, ce journal, en perpétuelle construction, va progressivement permettre au jeune prêtre de redéfinir son rôle et sa place dans une société sécularisée et qui attend d'un curé un discours et une pratique plus réalistes et, finalement, plus humaines. À force de se nourrir de vin sucré et de pain sec, le jeune prêtre succombera finalement à un cancer de l'estomac. Les quelques mots qu'il prononcera juste avant de mourir (« Qu'est-ce que cela peut faire ? Tout est Grâce »), empruntés à la parole de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, semblent apparaître comme l'aboutissement d'une perpétuelle remise en question, donnant ainsi au journal le rôle central de ce très beau film spirituel.
Le caractère logique du scénario est indéniable. Comment concevoir, en effet, que le jeune curé puisse nous rendre compte de son journal alors qu'il meurt avant de l'avoir achevé ? Le scénario nous présente alors deux personnages clés, le curé de Torcy qui peut témoigner sur la vie sacerdotale du défunt et l'ancien camarade de séminaire, présenté alors comme prêtre défroqué, qui pourra parler du caractère et du comportement de notre curé de campagne. Par ailleurs, le fait que notre « héros » ne soit pas nommé dans le film (ce qui nous oblige à le désigner chaque fois par sa fonction), n'est-il pas un signe selon lequel sa seule identité serait Dieu ?
Enfin, sur le plan esthétique, les paramètres me paraissent bien cadrer avec l'objectif fondamental : montrer tout au long du film une certaine alternance entre continuité (le curé s'entête dans ses démarches) et rupture (il se fait de plus en plus d'ennemis), mais aussi la lenteur dans l'évolution psycho-cognitive d'un homme (n'est-il pas encore un enfant ?) écartelé entre une théorie dogmatique et une pratique qui le laisse désemparé. L'image en noir et blanc révèle fort bien ces contrastes. Les plans fixes montrent bien l'arrêt sur réflexion et sur action. Enfin, les gros plans permettent de valoriser la pensée spirituelle (abstraite) par rapport aux personnages (concrets), qui ne sont là que pour servir de supports.
Film à voir et à revoir absolument.