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12 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
La Anne Franck soviétique ?,
Par Johan Rivalland (LEVALLOIS-PERRET France) - Voir tous mes commentaires (TOP 50 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Journal d'une écolière soviétique (Broché)
Ce livre, élaboré à partir du journal d'une jeune écolière soviétique retrouvé dans les archives du KGB, est le témoignage bouleversant d'une autre Anne Franck, mais dans un contexte tout à fait différent.Fort bien écrit, il se lit comme un roman. Je n'ai d'ailleurs eu aucune peine à le lire assidûment en quelques jours à peine au moment des fêtes. La jeune Nina Lougovskaïa a débuté la rédaction de ses cahiers à quatorze ans (jusqu'à l'orée de ses dix-huit ans) et la première remarque qui s'impose à moi est la fascination devant la qualité de son style d'écriture et de la richesse du vocabulaire employé, autant que des expressions ou dictons auxquels elle se réfère (même s'il s'agit bien sûr ici d'une traduction), qui n'ont rien de comparable avec le niveau actuel même d'un étudiant ou d'un adulte moyen. Goût pour la littérature (Tolstoï, Tourgueniev, Gogol, et bien d'autres encore), attrait pour le domaine des arts, sens aigu de la psychologie, la jeune fille me semble exceptionnelle. Et pourtant, elle doute, beaucoup, se recherchant un éventuel talent particulier qui lui permettrait de guider son existence, mais qu'elle pense ne pas avoir. Question : cette personne était-elle exceptionnelle et n'en avait-elle pas conscience ou le niveau a-t-il dramatiquement chuté au point que même en URSS on pouvait être incomparablement plus cultivé que dans un actuel pays libre ? Ou peut-être le manque de liberté est-il favorable à des dérivatifs tels que ceux-là ? Question énigmatique. Certes, la famille Lougovskaïa semble faire partie de l'intelligentsia au sens large, et la jeune fille fait bien référence à quelques reprises aux ouvriers « grossiers, épais et bornés » (p.270), dont on conçoit bien les actes et l'état d'esprit dans un monde totalitaire de type communiste, qui doivent constituer une majorité de la population, mais ceci n'explique pas tout. Une réponse partielle est peut-être apportée dans l'un des courriers du père à ses filles en annexe à la fin de l'ouvrage, évoquant « la révolution de 1905 quand sont apparus la réaction et le déclin des choses de l'esprit », lettre où l'on sent bien toute l'influence du père, qui est doté d'une culture très importante, tranchant d'ailleurs avec l'image que l'on pouvait avoir de lui au fil des pages du cahier, où sa fille n'était pas forcément tendre avec lui, malgré les sentiments contradictoires qui sont ceux de l'adolescente en pleine phase de crise. Une phrase qui me tient d'ailleurs à coeur, car elle montre bien dans quel état de décadence on arrive lorsque l'ignorance entre en action. L'un de mes sujets de prédilection (voir notamment « La grande déculturation » de Renaud Camus, mais pas seulement. Et prêter attention aussi à des petites informations passées inaperçues, comme la suppression toute récente de l'épreuve de culture générale dans les concours de la fonction publique, sous prétexte d'égalitarisme, qui en dit long sur l'état d'esprit actuel...). Malgré la qualité de l'écriture et l'intérêt porté à la description par Nina Lougovskaïa de ses sentiments, ses doutes, son ennui et son angoisse permanente face au temps qui manque et est trop occupé par des futilités redondantes, j'ai rapidement éprouvé un sentiment de gêne à la lecture d'un journal intime qui, par nature, est personnel. D'autant que Nina y dévoile essentiellement ses peines de coeur, ses relations difficiles avec les garçons comme parfois avec ses amies, ses soeurs ou son père, obsédée qu'elle est par sa disgrâce physique (elle est victime d'un strabisme léger, mais handicapant physiquement), qui l'amène à éprouver des pulsions de mort par moment, lorsqu'elle songe vaguement au suicide (elle se juge elle-même étonnamment pessimiste à la relecture de ses écrits, p. 268). Sentiment vite éliminé car, de l'aveu même de la jeune fille, elle éprouve l'impression que ce cahier elle ne l'écrit finalement peut-être pas que pour elle-même, mais a l'impression qu'il sera lu un jour par quelqu'un d'autre. Impression prémonitoire qui se révèle étonnante, puisque non seulement ces cahiers vont servir d'élément à charge contre sa famille dans la condamnation qui va avoir lieu (rien d'étonnant dans un monde totalitaire communiste où tout le monde sait que l'on encourage par exemple les enfants à dénoncer leurs parents le cas échéant), mais également servent aujourd'hui de document précieux dans l'évocation des années 1930 en Russie et de la vie au jour le jour dans le contexte des événements qui s'y déroulent. Au total, et c'est peut-être la différence avec Anne Franck, on reste sur l'impression d'une vie où le quotidien est certes difficile mais où les gens vivent assez normalement, sans doute n'ayant pas d'autre choix (elle évoque par moments sa haine de Staline et de son régime totalitaire, même si elle se sent presque isolée dans son jugement, notamment au regard de ses soeurs ; mais pouvait-on s'exprimer véritablement sans risque, même au sein d'une même famille ?). Le cahier se finit d'un seul coup, sur des considérations du quotidien. On sait pourquoi. Certains passages du livre ne sont pas soulignés (par le KGB) pour rien... A vous glacer le sang. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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