Je crois que cet ouvrage figurera parmi ceux qui resteront gravés dans ma mémoire. En premier lieu, car il est plaisant à lire: léger et profond, plein d'un plaisir hédoniste qui jaillit de chaque page et dans un style tout aussi savoureux (j'aime beaucoup le jeu sur les expressions françaises, les très belles métaphores...).
J'ai été tout d'abord surprise par la forme de ce journal. Je ne m'attendais pas à des chapitres aussi variés sur des thèmes très vastes: la musique et l'art contemporains (expliqués par le regard éclairé de Michel Onfray: Britten, Eric Tanguy, Otto Muehl notamment), les personnages littéraires ou mythologiques (tels que Cyrano de Bergerac, Don Juan, Carmen, Hercule, Omphale ou Pandore), les grands auteurs du passé (Rabelais revisité avec deux chapitres consacrés à sa mémoire, Pessoa, Sade, Bataille, Laclos) et de nombreux philosophes évidemment (Nietzsche, Schopenhauer, Diogène et Platon étudié sous son mauvais jour), sans oublier des citations inoubliables sur De Gaulle et de très belles pages sur l'âme du vin et l'éloge de la gentillesse ("forme de virtuosité à l'endroit d'autrui qui place le souci, la prévenance au centre de la relation qui s'installe entre deux personnes").
A cela s'ajoutent de très beaux développements sur l'érotisme et la différence absolument utile à mes yeux: entre l'hédonisme défendu par le philosophe et celui pratiqué par Sade. Dans les deux cas, le plaisir est l'objectif visé; mais alors que chez Sade, l'autre n'est qu'un objet, chez Michel Onfray ou Chamfort qu'il cite, le plaisir ne peut être atteint que dans l'équilibre entre deux êtres respectés et respectables. Chez les premiers, l'enfer c'est les autres; chez les seconds, le bien-être naît d'une harmonie entre des êtres qui s'écoutent et s'aiment.
Après avoir fait un voyage dans la pensée de morts restés dans la mémoire collective, nous voyageons à travers plusieurs villes: Caen avec ses fantômes, Seville, Venise ou le Vésuve associé à Naples...Toujours des voyages à la rencontre de morts que Michel Onfray fait revivre sous sa plume démiurgique.
Et enfin, la cerise sur le gâteau, l'explication du titre qui m'a tant plu et dont l'explication est distillée tout au long de l'ouvrage. Pourquoi le volcan serait-il un élément auquel nous souhaiterions nous identifier? Le philosophe se confie, il a puisé la source de son inspiration chez une des plus belles citations de Sade: "Un jour, examinant l'Etna dont le sein vomissait des flammes, je désirais être ce célèbre volcan." Ce magma rougeoyant, cette explosion (avec tout ce qu'elle évoque!) n'est autre que la vie, le flux bienheureux qui nous parcourt dans les meilleurs moments, ceux que l'on souhaiterait éternels.
Un vrai coup de coeur, un livre d'une grande richesse (varié, il y en a pour tous les goûts).
C'est dans ce premier tome que vous retrouverez aussi (pour ceux qui auraient l'ouvrage scolaire) la partie sur le père de l'écrivain intitulé : "Le corps de mon père" (un des chapitres du journal).
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Pour finir, si le commentaire ne vous a pas déjà essoufflé et que vous êtes endurants, quelques citations qui feront mieux que moi jaillir l'esprit du texte:
1)Sur De Gaulle:
-"Il ne voulait rien d'autre que l'indépendance, la liberté, l'autonomie: ni une nouvelle révolution nationale, ni le bolchevisme, ni l'american of life"( il dit "non" à la France sous tutelle américaine)
-"homme d'action à la volonté trempée comme un glaive, visionnaire et(...)ombrageux"
-"J'aime la solitude de cet homme-là, convaincu qu'il faut dire non, résister et s'affranchir des modèles, justement pour être soi-même un modèle."
-Plus tragique, sur la mort d'un homme qui a cru à la France: "Il succomba, comme on sait: tel un chêne qu'on abat."
2)Sur l'hédonisme défendu par Onfray que ce soit dans la vie ou dans l'art qui transfigure le réel:
-"L'érotisme est à l'amour ce que la gastronomie est à la nourriture un supplément d'âme, un dépassement, au sens dialectique, de la nécessité et des obligations"
-"Le bonheur est dans un corps qui jouit"
-"Devant l'oeuvre, le travail du sujet est d'abord celui d'une chair qui regarde, écoute, goûte, touche, met en oeuvre des sens."
-"Car dire le plaisir donne du plaisir, le formuler, le raconter, le mettre en mots, le proposer à autrui, c'est en varier les modulations, en décupler les forces."
3)Et de très belles pages sur le vin. Il m'a même convaincue (moi qui n'apprécie pas du tout l'alcool) que boire du vin était un art gastronomique et subtil, la capacité à savourer l'histoire d'un raisin qui a vécu les vicissitudes du temps et les maltraitances de ses gardiens. Le vin personnifié.
-"A qui sait l'écouter, le vin parle."
-"Le vin est un art du temps."
-"Le corps du vin n'est pas seulement ce qu'il dit dans ses formes extérieures, son allure, sa silhouette. C'est aussi la nature de son intérieur, l'état de sa chair et de ses muscles, de son système nerveux et de son squelette."
Et encore de magnifiques pages que vous découvrirez en lisant ce livre, tant les citations marquantes abondent dans ces 500 pages, organisées en 53 chapitres qui évitent toute lassitude. On peut lire vingt minutes et trouver une unité de sens, pour ensuite changer d'univers.