Film de 2005 de Christian Carion ("une hirondelle a fait le printemps") qui va nous tirer des larmes et vibrer d'émotions du début à la fin de cette description d'une page historique de la première année de la guerre de 1914.
Les soldats allemands, écossais et français s'apprêtent à fêter Noël dans leurs tranchées respectives, l'angoisse de l'attaque va être dominée par leur envie de se retrouver en paix, comme chez eux. Chaque clan se prépare à sa manière à se remémorer la maison qui les attend et avec laquelle il ne peuvent même pas communiquer. Les tranchées séparées uniquement par quelques dixaines de mêtres leur permettrent de s'entendre et de percevoir que de part et d'autre il y a des hommes de chair et de coeur, et tout d'un coup la musique va être le catalyseur de leur rapprochement. Une musique que les uns et les autres comprennent, d'abord un chant de Noël "douce nuit, silent night, stille naght" chantée par Rollando Villazon qui prête sa voix à Benno Fürmann et Nathalie Dessay qui double Daine Krüger. Ce couple assez inattendu sur un chant de bataille est tout de même le reflet de la réalité de certains événements qui ont eu rarement lieu avec la complicité des officiers qui laissaient certaines femmes atteindre leurs soldats combattants. Il témoigne de l'énergie et du rejet de la guerre qu'ont les femmes.
Ces soldats vont baisser les armes quelques jours et seront, bien sûr désapprouvés par leurs officiers supérieurs, mais on voit ici que ceux qui sont leurs premiers supérieurs (les lieutenants) vont réagir avec les mêmes sentiments humains, une complicité s'établira entre eux jusqu'à même une proposition impensable de la part des allemands "notre artillerie va vous bombarder dans 10 minutes, venez vous mettre à l'abri dans notre tranchée !" (tirés de faits réels) et quand ils regagneront leurs tranchées respectives, la cornemuse accompagnés de chants écossais leur dira "ce n'est qu'un au revoir"....
La fraternité n'a pas été aussi spontanée de la part des français qui se demandaient si l'apparition de sapins de Noël sur la tranchée allemande et le chanteur franchissant avec l'un d'eux le "no man's land" n'étaient pas un piège. Le coeur des français de l'époque qui se battaient sur leur terre et qui se souvenaient de la précédente guerre (1870) étaient probablement plus haineux que celui des écossais guidés par un prêtre aux idées Chrétiennes avant tout...les lieutants allemands et écossais vont suivre leur élan. Le lieutenant français (Guillaume Canet) n'hésitera pas à franchirla tranchée avec une bouteille et ils trinqueront ensemble chacun dans leur langue : JOYEUX NOEL.... Parmi les écossais on verra tout de même un jeune qui vient de voir son frère tomber lors de la précédente attaque, il ne sera pas en paix ce soir là, refusera le partage avec l'allemand ennemi, il ne sera pas même à la messe célébrée par le prêtre de son village (Gary Lewis). Cette messe sera chantée également et dite en latin (évidemment avant Jean XXIII, les messes étaient dites en latin). Et ce latin réunis aussi tous ces hommes qui ont le même coeur. C'est de cette assemblée que se dégage avant tout le sentiment de fraternité (et la hiérarchie épiscopale anglicane réagira). Toutes les hiérarchies auront le même sentiment le lieutenant allemand sera envoyé avec ses soldats sur le front russe, le lieutenant français sera réprimandé par un père général qui ne cherchait, par ailleurs, qu'à le planquer.
Quelques notes humoristiques viennent détendre l'atmosphère. De quoi réconcilier avec Dany Booon qui n'a pas un rôle comique, mais qui à travers une belle interprétation d'un simple soldat du Nord montre cette simplicité, ici attendrissante et si naïve qu'elle fait sourire... un chat, son chat qui fait le va et vient entre les tranchées de part et d'autre, on lui attachera autour du cou quand la trêve est finie un petit billet écrit par les écossais "good luck" il sera mis en cage par les officiers par la suite ! (le fait réel est encore plus dramatique et stupidement horrible). Un officier écossais que l'on envoie par dérision vers les latrines en réponse à ses remontrances... Et un vieux couple de français "de la haute" (Michel Serrault et Suzanne Flon) qui traduit le sentiment anti-allemand de l'époque...
Une musique presque lugubre pour débuter le film pour rappeler que c'est la guerre, et par moment tellement grandiose qu'elle vous tire des larmes. Les larmes, elles peuvent monter souvent, notamment quand le jeune écossais voit tomber son frère. Il sera si marqué qu'il sera le seul à obéir à un ordre de tirer sur un homme dans le "no man's land"
Ma conclusion, ce n'est pas un film de guerre c'est le contraire : un film sur la condition des soldats.