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"Cry me a River" est à Julie London ce que "Fever" est à Peggy Lee : un passeport musical universel. Ex-vedette de cinéma à Hollywood, Julie London décide en 1955 d'entamer une carrière musicale. Le coup d'essai fut un coup de maître, son premier album
Julie Is Her Name contient LA chanson au succès impérissable, qui subira, à travers les temps et les reprises, tous les traitements possible. Et cette chanson, simplement jouée par la guitare de Barney Kessel et la basse de Ray Leatherwood, au lieu des cuivres et cordes habituels, contient le style tout entier de Julie London : une prédilection pour les ballades jazzy et mélancoliques sur lesquelles la dame pose une voix proche du murmure, chaude et sensuelle. Julie London excelle dans l'appropriation des standards populaires et reprend ainsi "I love You", écrit par Cole Porter, ou "Gone with the Wind". Et la popularité rencontrée par son trio de jazz permettra à Julie London de relancer sa carrière cinématographique.
--Sabrina Silamo
Critique
Grâce à la perfection de ses interprétations de standards définitifs, Julie London n'est pas loin d'être l'une des grandes voix de son époque. Non sans une pointe de provocation, la pochette laissant filtrer une vue décolletée qui en fit s'étouffer beaucoup dans l'Amérique puritaine des années cinquante, le premier opus de la dame sert sur un plateau treize pièces d'une absolue beauté.
Un simple coup d'oeil à l'alignement de classiques ici réunis peut donner le vertige. Au
« Say It Isn't So » d'Irving Berlin succèdent les refrains de Rodgers & Hart (
« It Never Entered My Mind »), Ira et George Gershwin (
« 'S Wonderful »), Johnny Mercer (
« Laura »), Oscar Hammerstein et Jerome Kern (
« Can't Help Lovin' That Man »), Cole Porter (
« I Love You ») et d'autres mélodies inoubliables, à commencer par le principal titre de gloire
« Cry Me a River », immortalisé l'année suivante dans le film
The Girl Can't Help It (
La Blonde et moi).
Il faut aussi compter sur les autres merveilles (
« Easy Street »,
« Gone With the Wind »), interprétées d'une voix caressante, littéralement lovée dans les arpèges de guitare de Barney Kessel. D'une sensualité confondante,
Julie Is Her Name demeure l'épitomé de la féminité jazz cool, dont le pendant masculin est représenté par Chet Baker.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story