Avec Les mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar et Neropolis d'Hubert Monteilhet, Julien est l'un des meilleurs romans historiques consacrés à l'Empire romain.
Gore Vidal est une personnalité marquante de la scène médiatico-littéraire américaine. Il a été candidat au Congrès, scénariste hollywoodien (Le Gaucher d'Arthur Penn, c'est lui), acteur (le directeur du centre spatial de Bienvenue à Gattaca, c'est encore lui) ; c'est un essayiste et polémiste redouté. Côté fiction, ses œuvres se partagent schématiquement entre des satires brillantes de la société américaine (Duluth me semble le meilleur de cette veine) et des romans historiques, notamment un long cycle de romans sur la vie politique américaine (Burr, 1876, Lincoln...). Mais c'est en fait dans l'Antique que Vidal donne le meilleur.
Julien (1964) est une merveille absolue. De son propre aveu, Vidal a lu l'intégralité de la production écrite du IVè siècle ; lors de l'écriture du roman, il était capable de citer l'intégralité de la garde-robe d'une patricienne de l'époque ou les cinq plats préférés des habitants de Lutèce... Cet extraordinaire érudition ne nuit en rien à son art, ce qu'on peut reprocher à ses romans américains. Julien est une composition admirable sur une société en pleine évolution, celle de l'Antiquité tardive, plongée dans une crise militaire, religieuse et morale, et partagée entre son passé augustien et son futur chrétien. Nul mieux que l'empereur apostat ne symbolise cette crise de croissance entre l'ancien monde, qu'il veut rénover, et le nouveau monde, qui peine à éclore et le portrait de Julien est admirable de complexité et de nuances.
Par la suite, Vidal devait revenir à l'Antiquité avec l'extraordinaire Création, portrait d'un dignitaire perse qui au fil de sa carrière rencontre Ataxerxès, Zoroastre, Confucius et Lao-Tseu avant d'assister, consterné, à la première des Perses d'Eschyle. Il est urgent de rééditer cet autre chef d'œuvre !