Je crois que promo aura rarement été aussi mal menée que celle du retour de Patricia Kaas.La stratégie de vente centrée sur le digital, l'Eurovision associées à une sourde malveillance de quelques médias stratégiques ont collé une image de has been à celle qu'on peut voir comme la plus remarquable des chanteuses françaises de ces 20 dernières années .la périphrase que je viens d'employer pour désigner Mlle Kaas ne m'est jamais apparue aussi justifiée, tant on ressort de son Kabaret tout à la fois étonné et ravi.
Conçu comme un concept album évoquant les cabarets de l'Allemagne de Weimar, ce disque a quelque chose du fantasme pour Patricia: ressuciter l'atmosphère de décadence luxurieuse,avec sensualité et élégance; immortalisée par les films de von Sternberg, Bob Fosse ou Fassbinder; des théatres, caf-conc et bordels de Berlin pré-1933.
D'instinct, on pouvait se dire que cette couleur cabaretiere et allemande semblait faite pour la demoiselle: les afiscionados savent que c'est dans un cabaret de Sarrebruck que Patricia a fait ses 1eres armes de chanteuse.De plus, ses 1ers titres l'ont évoqué à plusieurs reprises. Ce genre a une raisonnance toute particulière pour elle puisque c'est sa mère qui dès ses 7 ans l'emmenait là-bas; sa mère qu'elle évoque dans le titre"Une dernière fois" (qu'elle a cosigné).L'album , emprunt donc de souvenirs et de fantasmes surfe sur un son "retro-revival" qui fait les yeux doux aux sonorités jazzy et electro .Ce qui frappe d'ailleurs, c'est la grande unité de ton de l'ensemble, renforcée par le live où les anciennes sont "relookées"à la manière de Kabaret.
Cela dit si vous attendez du désuet et du clinquant variétoche(clichés du genre cabaret), vous allez vite être déçus: les morceaux légers ("kabaret,l'excellent interlude Pigalle")laissent souvent la place aux thèmes mélancoliques de clowns tristes("où sont les clowns?,et je t'aime encore")voir franchement noirs ("La chance jamais ne dure, s'il fallait le faire").Logiquement, les reprises("le jour se lève") et adaptations ont la part belle dans le disque mais le gracieux habillage sonore, la présence de titres méconnus ainsi que la densité de l'interprétation de Patricia nous le font carrément oublier. On peut dire qu'à 44 ans, sa voix(comme sa beauté) n'a jamais semblé aussi épanouie, forte et évocatrice.L'album se termine comme il commence , par un titre parlé-chanté brûlant d'érotisme ("le piano rouge"). patricia Kaas s'encanaille et cest pas pour me déplaire...
PS:L'achat de ce double ne pourrait même valoir que pour le concert du Casino de Paris où les morceaux de bravoure de la période Mademoiselle chante s'entremêlent aux nouveaux avec un son live qui les rend encore plus savoureux.