En lisant ce livre, j'ai été partagé par des sentiments contradictoires:
- D'un côté, j'ai été content d'en apprendre plus sur le personnage de Kadhafi, sombre, inquiétant, difficile à cerner, aussi, et sur la Libye en général, dont je ne connaissais que peu de choses. C'est la partie positive de ce livre : ceux qui ne connaissent presque rien de la Libye et de son ex-dictateur en sauront plus après l'avoir lu.
- D'un autre côté, j'ai trouvé que ce livre était franchement bâclé. Probablement que le moment de sa sortie n'y est pas innocent et qu'il a été achevé, voire rédigé, dans l'urgence de l'actualité.
En effet, des éléments factuels manquent. On ne comprend en effet, par exemple, pas vraiment comment Kadhafi a pu prendre le pouvoir alors qu'il était officier de second ordre, ni vraiment qui était ce roi qu'il a chassé. De la même manière, on apprend à un moment donné que "Kadhafi abandonne toute fonction officielle [...] tout en gardant les pleins pouvoirs", sans plus de précision, alors qu'une telle affirmation mériterait un développement : comment peut-on ne plus être officiellement au pouvoir et demeurer au pouvoir ? Il semble bien que ce soit ce que Kadhafi a fait, mais il faut l'expliquer, contextualiser, ce que ne fait pas l'auteur.
Pire (en tout cas à mon sens), les références des citations ne sont pas toujours indiquées, certains éléments de détail peu importants sont sourcés alors que d'autres, plus cruciaux, ne le sont pas. Lorsque l'on regarde le détail des notes de bas de page, ce n'est pas beaucoup plus reluisant : les références sont relativement peu étoffées et mériteraient d'être harmonisées. Ainsi, on trouvera des références à des journaux avec le numéro du journal (p.ex. "Jeune Afrique, N°283") puis des références à ces mêmes journaux avec le numéro et la date ("Jeune Afrique, N°384, 3 septembre 1987", voire même "Jeune Afrique, 1973"), et parfois même des références du genre "Associated Press" ou "Ambassade de France, 1978", sans qu'il ne soit possible de déterminer avec précision quels sont les documents sur lesquels l'auteur se base. Les références à des ouvrages sérieux sont rares, ainsi cette référence à "Histoire secrète du pétrole", un documentaire diffusé sur TF1...
Pire encore, p.58, l'auteur cite Kadhafi qui affirme que "l'unique mérite de l'islam, aujourd'hui, est qu'il permet de réunir à l'échelle internationale des pays arabes, africains ou asiatiques qui, autrement, n'auraient aucune raison de le faire", citation déjà mentionnée à la p.42 ! On constate aussi un manque de rigueur lorsque l'auteur mentionne que Kadhafi accuse un mouvement d'oeuvrer avec le soutien de la CIA (p.165), avant de préciser que le mouvement a "été soutenu également par le Soudan", le "également" pouvant sous-entendre que les accusations de Kadhafi sont fondées, ce que ne dit pas l'auteur. Une erreur s'est par ailleurs glissée p. 182 : l'auteur mentionne que la fille adoptive de Kadhafi, Hannah, meurt dans les bombardements américains, or on sait depuis la révolution Libyenne (et le livre est de 2012), que Hannah n'est pas morte sous les bombes américaines mais qu'elle est devenue chirurgienne, contrairement à ce qu'a toujours affirmé Kadhafi.
C'est dommage, car au fond le sujet est riche, complexe. La longue progression de Kadhafi vers une folie de plus en plus destructrice aurait mérité une description plus riche, plus documentée, mieux structurée. L'arrière-plan libyen de son règne mériterait également d'être mieux traité. Il semble malheureusement que l'auteur ait oublié que l'on n'écrit pas la biographie d'un homme qui a régné aussi longtemps en deux temps, trois mouvement, même si cela implique d'écrire un livre plus épais dont la sortie ne collera pas avec le décès de son sujet.