Partie de la radicalité spectrale pour aller vers une nouvelle douceur, Kaija Saariaho écrit une des musiques les plus séduisantes de notre époque (à l'image de ce nom qui est le sien), musique de la matière (condensations-sublimations), du rêve et de l''affect, évocatrice d''un Ailleurs impalpable. Cette qualité d''écriture se retrouve dans son premier opéra, L''amour de loin. En revanche, je ne pense pas pour ma part que le livret d''Amin Maalouf, qui narre l''histoire d''un troubadour qui traverse la mer pour approcher la dame de ses pensées, soit exactement celui qu''on aurait pu souhaiter. Par endroit, le chant retrouve une certaine naïveté propre au drame lyrique français, qui fait de la compositrice l''héritière de Debussy, le nouveau rejoignant le familier. Maeterlinck a un peu vieilli, tout comme le symbolisme.' Quoi qu''il en soit, je ne voudrais dissuader personne d'aller y voir si ce n'est pas déjà fait: on a là, avec ses volutes sonores enivrantes, une œuvre significative d''une des créatrices authentiques de notre époque, qui plus est bien chantée, et bien dirigée par son complice de toujours, Esa-Pekka Salonen.