Après un premier album acclamé unanimement et appelé Arular en hommage à son père, M.I.A. confirme brillamment l’essai avec
Kala, disque plus ouvert et diversifié et dédié à sa mère dont c’est le prénom. Alors que la spontanéité primait dans
Arular,
Kala est une véritable « déclaration artistique » selon l’artiste.
Si le premier fut réalisé à Londres,
Kala sonne comme un carnet de voyage musical. Pour s’imprégner de ce qu’elle nomme sa « ville mondiale », M.I.A. a parcouru le globe afin d’en capter toutes les vibrations sonores possibles. Les habitués Diplo et Switch assistent M.I.A. à la production sur la plupart des morceaux.
Première surprise, le disco-pop
« Jimmy », réécriture habile de
« Jimmy Jimmy Jimmy Aaja » un classique du film bollywoodien des années 80
Disco Dancer sur lequel M.I.A. enfant a fait ses premières chorégraphies. Dans l’énergique
« Birdflu », hommage à un autre classique de Bollywood,
Jayam, elle introduit les percussions tribales du thème du film. La musique indienne est aussi présente sur le survolté
« World Town » où M.I.A. incorpore le nadasawaram, mélange de clarinette et de trompette d’Inde du Sud.
Sur le plus pop et remarquable
« Paper Planes » (avec le sample du riff de
« Straight to Hell » de The Clash) M.I.A. ironise sur ses problèmes de visa avec les Etats-Unis. Le chœur d’enfants et les bruits de pistolets ont contribué à faire de
« Paper Planes » l’un des plus gros hits de sa carrière. Dans
« Come Around », ultime trace des sessions américaines, M.I.A. tient sans problème la dragée haute au producteur du morceau le renommé Timbaland.
Le très « house »
« XR 2 » où elle s’essaie au talk-over à la jamaïcaine, est un hommage aux raves du début des années 90. Le beat crasseux du musicien de Baltimore Blaqstarr se marie idéalement aux bruits de verre cassé qui ponctuent le titre.
« Mango Pickle Down River » est la reprise fidèle d’un rap aborigène du groupe australien d’enfants rappeurs Wilcania Mob accompagné uniquement d’une beatbox et d’un fond de didgeridoo. Autre invité, le talentueux et inconnu rappeur nigérien de « grime » African Star qui apparaît sur le tribal
« Husserl » son premier fait d’arme à l’échelle mondiale. Dans le plus acide
« 20 Dollars », l’un des sommets de
Kala, sur la mélodie de
« Where is My Mind » des Pixies, M.I.A. narre la violence de la guerre civile en Afrique ainsi que la facilité d’y acheter des armes les fameux AK-47 S.
M.I.A. oppose très justement dans un interview
Arular conceptuellement ouvert au monde à
Kala qui l’est concrètement dans les faits. M.I.A. a enrichi en variété ses ambiances musicales, sa voix se fait plus caressante et nuancée, son écriture plus mûre et réfléchie, mais, avec cet album, elle ne fait aucune concession de style poursuivant son idée toute personnelle d’une certaine « sono mondiale ».
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