12 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le temps perd ses repères !, 3 septembre 2002
Ce commentaire fait référence à cette édition : Kancheli - Styx / Gubaidulina - Concerto pour alto (CD)
Ces deux oeuvres, Styx de Giya Kancheli et Le Concerto pour alto de Sofia Gubaidulina, dont la première bénéficie d'un premier enregistrement mondial, ont été spécialement composées pour Yuri Bashmet.
Les sonorités profondes de l'altiste russe, le timbre "mystérieux et voilé" de son instrument, cette lumière vive et brûlante que son archet arrache au silence saisissent l'étrangeté de ces deux partitions écrites pour lui, hors du temps réel, nées d'une déchirure.
Le compositeur géorgien, Giya Kancheli, évoque le Styx, ce fleuve mythique qui sépare le monde des morts de celui des vivants et dont le violon de Bashmet se fait le passeur. Sa douceur méditative, enveloppante et sensuelle, "planante" dirait Schnittke, est souvent brisée de brusques stridences et d'envolées surprenantes que l'Orchestre du Théâtre Mariinsky interprète avec une intensité passionnée digne de son chef, pleinement investi du drame secret qui se joue : Valery Gergiev est un sorcier en lévitation entre deux univers, vibrant au souffle le plus ténu, à la note la plus inaudible. Car la musique de Kancheli se confond avec simplicité au silence qui lui donne le jour.
Sofia Guaidulina, sans aucun doute moins attachée à la tonalité, explore les différentes dimensions de l'orchestre, qu'elle double d'un quatuor à cordes soliste un quart de ton plus bas que les autres instruments, épanouissant son propre univers sonore après avoir rendu hommage à Shostakovich par une étude introductive sur ré et mi bémol.
Expressivité, richesse des timbres, souplesse métrique, gymnastique intellectuelle et ... émotion ! Une émotion bouleversante qui débusque les replis de l'âme.
Un disque envoûtant.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non