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5.0 étoiles sur 5
Une épure, 10 novembre 2010
Les amoureux de Leos Janacek continuent à trouver qu'il n'est pas encore tout à fait reconnu à sa juste valeur. Il faut quoi qu'il en soit admettre que Katia Kabanova a fini par conquérir les scènes internationales, ce qui n'étonnera pas ceux qui savent à quel point il s'agit d'une épure tragique, admirablement servie par la partition puissante et à multiples facettes de Janacek. Disons-le tout de suite, cette production de l'Opéra des Flandres, captée en décembre 2008 lors d'une reprise au Teatro Real de Madrid, nous semble une grande réussite, tant dramatiquement que musicalement. Certes, on n'est sans doute pas là au niveau de l'enregistrement de
Sir Charles Mackerras avec Elizabeth Söderström, mais la qualité musicale de ce spectacle n'en reste pas moins haute. On n'atteint peut-être pas non plus à la quasi-perfection de la collaboration Boulez/Chéreau dans
De la maison des morts, mais le spectacle proposé me semble des plus réussis.
Robert Carsen explique dans un entretien donné en supplément pourquoi il a choisi lui-même une scénographie épurée, où l'élément aquatique aurait la place centrale. Effectivement, le livret (pas seulement pour la fin de l'ouvrage) comme la partition justifient en partie ce choix cohérent qui lui permet d'accompagner intelligemment une musique connue pour être comme d'une seule coulée. Scène inondée, jeux de miroir et de reflets, lumières liquides bleutées et noirs inquiétants : cette mise en scène reposant sur des idées aussi ingénieuses qu'élégantes est dépouillée au meilleur sens du terme. Comme dans la
Rusalka de Dvorak (voir mon commentaire), le monde des eaux aura été bénéfique à Carsen, qui ne réussit pas toutes ses mises en scène, tant s'en faut, mais à qui il arrive de rendre la poésie d'un opéra avec assez de classe.
J'ai toujours eu du mal à m'expliquer pourquoi Karita Mattila continuait à traîner en France sa réputation de cantatrice froide ne suscitant que peu d'émotions. Si cela a sans doute pu être vrai, il suffit de l'avoir entendue en Lisa dans La Dame de Pique ou en Salomé à l'Opéra de Paris, rôles dans lesquels elle faisait preuve de toute la passion et de la véhémence requises, pour au moins en partie effacer cette réputation. Elle compose une Katia telle qu'on peut se l'imaginer, en termes de caractérisation et de jeu, à ceci près qu'on l'a déjà vue plus précise et impliquée dans sa gestuelle qu'ici. Sa voix a un peu perdu de sa superbe entre la première moitié des années 2000 et la captation de ce spectacle, mais elle reste assez assurée et épanouie pour pouvoir parfaitement servir le personnage. Le reste de la distribution est homogène et donne entière satisfaction, seule la belle-mère dans les rôles principaux montrant quelques signes de fatigue vocale. Il faut noter qu'en particulier au premier acte, la prise de son ne semble pas parfaite et ne trouve pas tout à fait l'équilibre entre la fosse et les chanteurs. Ce dosage imparfait est audible mais pas très gênant. L'Orchestre du Teatro Real n'est pas le plus riche en couleurs qui puisse s'imaginer et manque un peu de subtilité, mais on sent que Jiri Belohlavek l'a porté assez haut, le rendant assez ductile pour servir cette musique caractérisée par la fluidité jusque dans ses heurts.
Ce spectacle sort
en dvd et
en blu-ray. On ne saurait trop vous conseiller si vous avez le choix et les moyens d'opter pour le blu-ray, qui comme il se doit propose une meilleure définition pour le son comme pour l'image. Ce n'est pas toujours le cas, mais en l'occurrence si. Cela étant, le dvd reste d'une qualité tout à fait honnête. Quoi que vous choisissiez, je vous conseille l'écho de ce spectacle, qui me semble servir de belle façon cet opéra de toute beauté.
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5 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une formidable réussite, 27 décembre 2010
Voici une Katia Kobanova toute entière entre fragilité et renoncement, rêve et folie, campée par Karita Mattila transfigurée, au sommet de son art. Une adéquation plus qu'une incarnation. Les autres acteurs du drame sont à la hauteur. Dalia Schaechter est terrible dans son rôle de Kabanicha. Oleg Bryjak est mordant et brutal à souhait, très proche du caractère dessiné par Ostrovski, l'auteur du roman d'où est tiré l'oeuvre de Janacek. Natascha Petrinski se révèle une Varvara ardente, Guy De Mey (Tikhon), un acteur extraordinaire. Gordon Gietz (Kudriach) est solaire. Myroslav Dvorsky met dans Boris des ardeurs titanesques. Chacun de ces trois ténors concourt à rendre la tragédie plus ambiguë qu'à l'accoutumée.
Jiri Belohlavek détaille l'orchestre si inventif de Janacek et réalise la fusion d'une dramaturgie fulgurante avec des plages d'un lyrisme étal. Leur association présentent la psychologie de l'héroine comme dans autant de miroirs.
La mise en scène (pour une fois, allais-je dire) est parfaite: Les eaux mortifères de la Volga envahissent toute la scène du Teatro Real de Madrid formant, à l'occasion (première scène de l'acte III), une croix orthodoxe (la scène se déroule dans une église en ruine). Un astucieux dispositif permet aux chanteurs de jouer leur drame peu ou prou à pied sec. La nature reste ici omniprésente en perfait adéquation avec la musique de Janacek. Les voix de la Volga que le compositeur confie à des choeurs en coulisse sont personnifiées ici par des nymphes qui se métamorphosent en furies lors de l'orage.
Les caméras de François Roussillon suivent la narration en donnant tout à voir sans jamais rien souligner. Une formidable réussite vous dis-je.
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2.0 étoiles sur 5
Quelle tristesse, 8 mars 2012
Voici le prototype de ce que je n'aime pas à l'opéra: une mise en scène intello sans attrait, de l'eau partout (ça ne ressemble même pas à un village aquatique), des costumes qui font sales, une soprano froide comme d'habitude K. MATTILA, dont la qualité de chant est déclinante, une prise de son défectueuse, un orchestre sans âme qui ronronne gentiment sa partition, bref, je n'ai éprouvé aucune émotion à la vision et à l'écoute de ce DVD qui va finir au fond d'un placard après 2 auditions. Oui je l'ai remis une seconde fois pour essayer de revenir sur ma première impression, mais elle a été totalement confirmée.
Certes ce n'est pas totalement mauvais, les chanteurs font de leur mieux, surtout la Kabanicha qui domine la distribution, une musique par moment intéressante par ses sonorités, mais ce n'est pas suffisant pour éprouver du plaisir.
Un spectacle d'opéra doit apporter de l'esthétisme, des couleurs, et surtout de l'émotion, tout ce qui manque ici.
Donc, un DVD à réserver aux spécialistes et aux intellectuels.
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