Cet opéra n'est certes pas le plus grand opéra mais défendu tel qu'il est par René Jacobs et son talent de coloriste habituel, on est obligé d'avouer l'excellence de cet apport dans la musique. L'excellence de l'orchestre est pour beaucoup dans cette réussite : cordes denses, belles et profondes, bois superbes de justesse et de timbres, vigueur et inventivité du continuo, et éloquence suprême de l'ensemble tout entier. Le plateau de chanteurs est hétérogène mais tous les protagonistes sont exceptionnels, à commencer par Dorothea Röschmann, sublime d'un bout à l'autre, Werner Güra, noble et éloquent, Roman Trekel, pathétique au sens positif du terme et bouleversant dans son dernier air, Klaus Häger un peu distant mais convaincant, Kurt Azesberger, très comique malgré l'ingratitude de son timbre et Salomé Haller, sobre et expressive comme il faut, malgré un vibrato un rien envahissant. Un très beau disque de René Jacobs, au sommet de son art.