Enfin les beaux jours... Après avoir durement galéré, voire vainement erré, dans une improductive veine psychédélique au point d'avoir manqué de peu de se brûler les ailes et de déposer les armes, Status Quo déboule dans le genre qui nous est le plus familier de son répertoire, celui par lequel il excelle et fait décoller sa carrière : le british boogie-rock. Cantonné dans des tournées secondaires, les temps sont durs, d'autant plus que Pye a renégocié le contrat à la baisse, qui le lie au Quo, n'ayant rien eu de très concluant à se mettre sous la dent. L'album Ma Kelly's Gresy Spoon, publié en août 1970, arrive à point nommé pour rompre avec un passé peu lucratif et artistiquement pauvre. Il est celui qui va tout déclencher, mais les effets financiers ne seront palpables que plus tard. Status Quo change de style et naît définitivement avec ce petit joyau, qui file une irrésistible envie de se secouer la paillasse. Incontestablement, eux aussi se sont bougé la carcasse, car ce nouveau venu au catalogue n'a aucune commune mesure avec la pauvre production du Spare Parts précédent. Plus musclé, il marque leurs premiers contacts avec le hard rock, la marque de fabrique qui les a propulsé au rand de stars internationales du rock. Ma Kelly's Greasy Spoon, pourtant excellent alliage de boogie, de rock et de blues, ne retranscrit pas, dans les chiffres, l'évolution du groupe, la faute à une promotion bâclée. Les ventes demeurent maigres, à croire que l'arrivée de Bob Young, en qualité de road manager, a été vaine. Elle est, au contraire, déterminante. Le son est durci, la section rythmique devient plus lourde, la guitare (rythmique de Parfitt) se fait plus accrocheuse, les solos de Rossi plus tranchants. Côté musique, ce Ma Kelly Greasy Spoon (vraisemblablement la dame au facies de Mère Casse-Bites avinée figurant sur la pochette) est un sacré bon disque de boogie-rock sur lequel figurent déjà certains classiques. Du morceau d'ouverture Spinning Wheel Blues à son titre de clôture, le meddley It's Really Me/Gotta Go Home, Status Quo propose une excellente incursion dans un univers musical qui va porter sa signature. Dans cette offre mésestimée et oubliée, les moments privilégiés se situent au niveau de la belle ballade Everything, des blues Spinning Wheel et Lazy Poker, de Need Your Love, de Shy Fly, du merveilleux Junior's Wailing et du meddley de fin. Le british boogie-rock affiche ici toute sa flamboyance.