Larry Clark a réuni dans ce film ce que j'appellerai des "schémas d'adolescents", tous très différents mais connexes, certains se recoupant dans la scène finale. Les critiques et internautes révoltés qui crient au scandale, à la censure tout en arguant que la vie est belle, qu'il n'y a pas que "ça" (comprenez : ce que le film montre) n'ont à mon avis pas très bien saisi un aspect capital des arts. A savoir qu'un film- ou un livre- n'est pas obligé d'intégrer tous les aspects de la vie dans leur ensemble, mais qu'il peut très bien, si c'est son but, se focaliser sur un seul "angle".
Et c'est ce que fait le film de Larry Clark. De manière brillante, en plus. Bien sûr, les scènes choquantes abondent- mais c'est simplement qu'on n'a pas l'habitude d'en voir au cinéma. Dire que le film contient des scènes "porno" est, à mon avis, déplacé. Le cinéma porno cherche à reproduire nos fantasmes à l'écran. Ken Park montre le sexe dans sa réalité, sans chercher à le magnifier ( la scène finale, je le reconnais, est plus ambiguë en ce qu'elle montre une relation à trois quasi idéale ; mais son but est ici de montrer l'épanouissement sexuel adolescent sans tabous parentaux, libéré de tout malaise ou de toute peur- créant ainsi un contraste saisissant avec le reste du film ; elle sort donc du débat).
Par ailleurs, ce film rappelle beaucoup "Elephant" de Gus Vant San ( admirateur de Clarke qui l'encouragea à ses débuts). Sauf que Elephant finit en bain de sang et Ken Park en scène d'amour éthérée : deux issues à la détresse adolescente montrée par les deux cinéastes. L'autre différence majeure entre ces deux films étant que cette détresse a, dans le premier, des causes plutôt liées à la tyrannie exercée par la majorité des adolescents à l'égard des "non-conformes", alors que dans le second elles sont surtout liées à une léthargie/tyrannie parentales.
Attendez-vous donc à un film très provoquant ( mais non dénué de compassion), à une succession de scènes voyeuristes (mais nécessaires à la cohérence du propos), bref à un des tableaux les plus dérangeants, les plus controversés et les plus réussis de l'adolescence et, accessoirement, de la middle-class américaine.