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Si son premier album peut se lire comme une carte postale de Paris du côté du quartier Latin, celui-ci, son second, serait plutôt un panoramique de l'Angleterre comme la voyait les Kinks dans les années 60, ou comme la célébrait The Divine Comedy sur ses deux premiers opus. Avec Neil Hannon, Vincent Delerm entretient d'ailleurs des parentés : en plus d'un goût prononcé pour les arrangements fastes, tous deux ont la même passion pour les choses anciennes et les noms propres. Par exemple, à la "Fanny Ardant" du premier album répond ici Rosanna Arquette. Mais on connaît aussi la passion du Français à l'endroit de l'écrivain Patrick Modiano, auquel il est fait allusion là. Les arrangements baroques et fouillés changent désormais du seul piano avec lequel il partit en tournée pour la première fois. Cerise sur le gâteau, sur "Veronica Salt et Frank Blak", Kerenn Ann et Dominique A, une de ses influences revendiquées, sont conviés à pousser la chansonnette. Parfois tristes, à d'autres moments gais, ses morceaux possèdent toujours ce petit on ne sait quoi expliquant leur succès.
--Hervé Comte
Critique
Comme dans un inventaire à la Prévert, Vincent Delerm continue à déballer sa malle aux souvenirs et ajuste un vaillant
name dropping. Et si tout cela n’était qu’un leurre, une manière élégante de prêter le flanc à la critique, alors que l’essentiel est ailleurs ?
Ce qui constituaient d’aimables vignettes dans le premier album se transforme avec
Kensington Square en une œuvre à part entière et homogène. Si l’auteur-compositeur reste fidèle à ses thèmes et à l’idiome musical qu’il s’est choisit, cet art atteint là sa plénitude, que ce soit dans la ballade nue
« Veruca Salt et Frank Black » interprétée avec Dominique A. et Keren Ann, ou le quatuor à cordes du morceau-titre évoquant un John Barry en grande forme.
Il subsiste bien encore quelques hésitations dans le curieux mélange de quincaillerie baroque et trompette-pacotille de
« Les Filles de 1973 ont trente ans », thème fort astucieux et vachard dans lequel Delerm cite d’anciennes camarades de classes promues réelles ou fictives victimes ; ou dans la pochade
« Natation synchronisée ». Mais ces séquelles ne sauraient gâcher l’élan d’un album construit autour du thème de la rencontre amoureuse, depuis la filature sautillante de
« Quatrième de couverture » à l’épanouissement de
« Anna Pettersen ».
Album à l’inspiration riche et aux arrangements somptueux,
Kensington Square est le tour de force d’un Vincent Delerm tout sauf dilettante.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story