Kiki de Montparnasse , c'est un peu le surréalisme pour les nuls ( dont je fais partie ! ) . Bien documenté , on sent que les auteurs maitrisent leur histoire de l'art sur le bout des doigts. Le ton n'est jamais pédant et reste accesible pour la vulgate.
Les dessins et le langage du corps sont très expressifs , ce qui est une gageure en soi , lorsque l'on dessine une BD traitant de la peinture !
Le personnage de Kiki est fondamentalement attachant , vivant , voire uniforme , elle semble, dans la BD en tout cas, garder la même gouaille du début à la fin de sa vie.
Sa sexualité affirmée et décomplexée achève de la rendre si attachante.
Cependant comme dans toute biographie , et c'est valable aussi pour le cinéma , on a surtout l'impression d'assister à un Diaporama d'evenements anecdotiques mais pas forcément captivants . C'est un "Best of" de situations qui souvent se telescopent .... mais qui n'aboutissent sur ....rien !
La personnalité de Kiki n'est que suggérée mais reste la plus construite au regard des Picasso , Man Ray , Desnos , Modiglianni que l'on croise dans le livre , et qui ne sont finalement que des figurants d'une production prestigieuse mais un peu boursouflé.
En contre-exemple , je pense à Persepolis de Marjane Satrapi qui réussissait à livrer un tableau complet d'une femme , d'une époque , d'un pays par petites tranches de vie.
Ici , on se dit oui Breton était un vrai Ayatolah , Man Ray totalement absorbé par son art , oui.... et après ?
Bon et puis , c'est quoi cette fin complétement ampoulée ? Présentée ( comme souvent les Biopics ) comme la grandeur et la décadence d'une figure de l'époque , la fin de Kiki n'occupe à peine 10 pages sur presque 300... Aucune transition , pas d'indices laissant présager sur le terrible destin de cette femme morte dans l'oubli.
Alors l'ouvrage reste interessant mais plus comme un document sur l'époque des années folles et surtout le rappel de ce que devait faire les femmes ( le trottoir...) pour survivre à l'époque où elles n'avaient pas le droit de voter , de travailler , d'avorter , de baiser , de créer, de fumer et de boire , activités que Kiki exercera tour à tour et/ou en même temps.
Le ton n'est cependant jamais miserabiliste , la joie de vivre du personnage étant dévastateur.
Dommage qu'à la fin le tout sonne un peu creux ; aveu d'impuissance : la fin de l'ouvrage reprend la Biographie de Kiki et celle des hommes qu'elle aura rencontré , comme si la BD avait échoué à rendre le tout suffisement intelligible et interessant.