Tarantino est un cas d'espèce nouvelle : à l'humaniste renaissant, au gentilhomme du dix-huitième, au poète maudit des romantiques, succède aujourd"hui la figure de l'érudit bordellique. Ainsi, de même qu'il est un passionné de films en tous genres (séries B & Z en particulier), il est aussi un défricheur de rengaines pop/soul oubliées. La "Big Thing" de cette nouvelle B.O. est sans aucun doute le tube (oublié, à cause de l'écrasant succès de "These Boots...") "Bang Bang" de Nancy Sinatra : une veille scie qui colle parfaitement au film, comme la combinaison jaune et noire moule parfaiment le corps d'Uma Thurmann. Le reste est à l'image du Tarantino qu'on connaissait depuis "Pulp Fiction" : vieille soul sensuelle et classieuse (Isaac Hayes), Rockabilly poussiéreux mais diablement excitant (Charlie Feathers). La surprise vient de ces boucles mises en forme par le DJ du Clan, RZA (qui s'était déja notablement illustré dans le genre avec la BOF de "Ghost Dog"), et plus encore, par cet extrait du groupe "Krautrock" Neu !, l'incroyable "Super 16", au titre habilement cinématographique.
Cette BOF est sans doute moins évidente, moins lisse, que les précédentes, mais tout en divertissant les genres, tout en fouillant dans des styles plus expérimentaux, elle réussit le pari de coller parfaitement au film.
A ce titre, elle est à l'image de ce film kaleïdoscopique et truffé de références souterraines : obscure, mais jamais déplaisante.